Le cheval de Troie salafiste profite du chaos de la polémique pour imprégner le débat public

“Les salafistes renouvellent le genre totalitaire”. Ainsi s’achève le prologue de l’essai d’Eric Delbecque, Les Silencieux, comme si, en sourdine, une nouvelle grille de lecture du monde aux diverses diphtongues, plus ou moins sonores, s’insinuait sur le territoire pour avoir raison des valeurs humanistes individualistes en se servant justement d’elles pour les vaincre. L’expert en sécurité pointe du doigt avec acuité un monde des idées qui n’a rien d’innocent avec des impacts tangibles sur le terrain: non, le salafisme quiétiste n’aspire pas à la quiétude, ni politique ni intellectuelle, il est une antichambre du djihadisme.

article par Amélie Myriam Chelly* publié sur le site huffingtonpost.fr , le  21 09 2020

Il s’agit donc d’expliquer le modus operandi salafiste visant sa propre diffusion transnationale ainsi que les mécanismes insidieux permettant le passage du discours théorique d’exclusion et de diabolisation à l’acte violent. Bien évidemment, cette compréhension, si elle est la base de toute lutte efficace n’en est pas moins lucide: le risque 0 est inatteignable, mais ce constat ne doit pas pour autant nous pousser à faire l’économie de l’analyse de cette nouvelle tendance totalitaire. Se voiler la face, reviendrait, de fait et sans mauvais jeu de mot, à ne pas réaliser que le but commun entre le salafisme, le djihadisme, et le frérisme, qui nous paraît pourtant plus conciliant du simple fait qu’il est cravaté, réside in fine dans la volonté d’établir des théocraties totalitaires. Il faut donc ouvrir l’œil, et le bon, pour prendre toute la mesure de la référence gauchetienne que l’auteur affectionne: l’islamisme est une autre sorte de “religion politique”, à cette différence près qu’au lieu de créer ses normes absolues sans référence au sacré tel que le faisaient les grandes idéologies meurtrières du XXe siècle, elle se donne l’autorité de l’authenticité religieuse pour finalement, fonctionner comme une idéologie politique.

“Il ne faut pas donner de dérogation à ceux qu’on jugerait moins dangereux parce qu’ils ne s’en tiendraient qu’aux mots.”

Alors comment contenir les radicalisations? Les risques d’attentats? Et bien en commençant par ne pas laisser ces idées s’“imprégner” dans les sociétés. Ne pas laisser ce discours avoir cours, être en libre accès, profitant de nos législations perçues comme permissives, qui ouvriraient grand les portes au cheval de Troie. Ne plus se résoudre aux réactions passionnées post-attentats qui tentent d’endiguer le problème une fois qu’il a eu lieu et venir, en définitive, prévenir le Mal à la source. Tarir, en quelque sorte, les eaux du geyser idéologique avant qu’elles ne servent au bain de nos esprits qui bien vite voudront passer à l’acte? Notre faiblesse d’ailleurs ne consiste pas seulement à laisser le discours idéologique se diffuser sous couvert de tolérance et sur fond de compromis géopolitiques, elle se tricote également dans le “chaos de la polémique” qui défigure le paysage intellectuel, et ne freine pas le courant idéologique dans sa course.