#GuerreDAlgérie La mémoire vive de Josette Audin

“S’il est raisonnable, il sera là dans une heure !”  Cette phrase, Josette Audin, la veuve du miltant communiste, l’a entendue à Alger, le 11 juin 1957  de la bouche de l’officier parachutiste venu chercher son mari  après une dénonciation. Il lui aura fallu attendre 61 ans pour entendre de la bouche même du président de la République la reconnaissance de la responsabilité de l’état pour avoir laisser les mains libres aux militaires. Mathématicien, le jeune Maurice Audin avait choisi par idéal anti colonial de mettre sa plume au service de la guerre de libération.  Cette interview de Josette Audin a été enregistrée par la télé Libre date de juin 2007… L’ entretien est signé Jean-Sébastien Desbordes et Henry Marquis

En 1957, Maurice Audin a 25 ans, il est assistant de mathématiques à l’université
d’Alger et membre du parti communiste algérien (PCA) au sein duquel il milite
pour l’indépendance de l’Algérie.
Dans la nuit du 11 juin 1957, les paras du général Massu font irruption au
domicile des Audin. Josette et Maurice sont là, avec leurs trois enfants, leur
dernier a tout juste un mois.
Maurice est embarqué, les officiers français assurent à sa femme qu’elle le
reverra bientôt et ils la séquestrent avec ses enfants transformant son domicile
en souricière. Un guet-apens qui fonctionne. Dés le lendemain, Henri Alleg, membre du
PCA lui aussi et directeur du journal Alger républicain (censuré depuis 1955),
tombe dans le piége.

Les paras l’emmènent dans « le centre de tri » comme le baptisaient les autorités
françaises, une villa en construction à El-Biar dans la banlieue d’Alger. Là, il
y retrouve son ami Maurice « en slip allongé sur une planche, des pinces reliées
par des fils électriques et fixées à l’oreille droite et à l’oreille gauche
 ».
Maurice a juste eu le temps de lui murmurer : « C’est dur Henri ». Henri Alleg
sera l’un des derniers à voir Maurice vivant.
Le 21 juin 1957, l’armée déclare que Maurice se serait évadé lors d’un
transfert.

Le silence de plomb de l’Etat sera brisé par un tout jeune assistant d’histoire
de l’université de Caen qui deviendra l’un des plus grands historiens français :
Pierre Vidal-Naquet. Dans son ouvrage « L’Affaire Audin » il établit que Maurice
a été assassiné le 21 juin par les mains des officiers para qui l’ont arrêté le
11. La thèse de l’évasion ne tient plus et l’institutionnalisation de la torture
est dénoncée grâce à la publication du livre d’Henry Alleg,  » La Question « ,
témoignage sur son mois de détention à El-Biar.