Féminicides en Turquie: la tragédie sans fin des meurtres de femmes

C’est le cas de l’ancien mari d’Eda Okutgen, tuée de plusieurs coups de poignard en novembre 2014, à Izmir. Condamné à la prison à perpétuité, il a ensuite obtenu l’annulation de cette peine. Il est actuellement rejugé et plaide la démence, explique Nazli Okutgen, soeur d’Eda.

L’état d’urgence instauré après le putsch manqué de juillet 2016 a encore aggravé la situation des femmes victimes de violences, affirme la Fondation pour la Solidarité des femmes, basée à Ankara.

Dans un rapport, cette fondation présente des cas de plaintes rejetées par des policiers expliquant avoir des affaires « plus importantes » à traiter. Un policier cité a ainsi dit à une victime venue porter plainte: « Il y a eu un coup d’Etat, la police a autre chose à faire« .

La Fondation insiste aussi sur l’effet négatif des purges qui ont affecté le secteur public après le putsch manqué, avec plus de 100.000 personnes limogées ou suspendues, dont des policiers, juges et procureurs.

Lorsqu’elles réclament protection auprès de la police ou de la justice, elles sont renvoyées chez elles

Plus de 37% des femmes turques disent avoir fait l’objet des violences physiques et/ou sexuelles, selon une enquête conduite en 2014 par le ministère de la Famille auprès de 15.000 foyers.

La Turquie s’est pourtant dotée d’un arsenal juridique censé protéger les femmes et punir leurs agresseurs. Mais, selon Gülsüm Kav, l’une des membres fondatrices de la plateforme Stop aux féminicides, les textes ne sont pas appliqués.

« Ces meurtres peuvent être arrêtés« , assure-t-elle, pointant la baisse des féminicides de 180 en 2010 à 121 en 2011, qu’elle explique par le débat public autour de la mise en place d’une loi sur le sujet, votée en 2012, qui a montré aux agresseurs que les violences domestiques ne resteraient pas impunies.

« La loi donne aux femmes le droit d’être protégées« , explique Mme Kav. « Mais lorsqu’elles réclament cette protection auprès de la police ou de la justice, elles sont renvoyées chez elles, les autorités tentent de les réconcilier avec leur conjoint ou elles reçoivent une protection uniquement sur le papier« .

Les militants reprochent également au gouvernement des remarques incendiaires: le président Recep Tayyip Erdogan avait notamment provoqué une vague de fureur en 2016 en affirmant que les femmes étaient « incomplètes » sans enfants.

En Turquie aujourd’hui, la seule ministre femme, Fatma Betul Sayan Kaya, est en charge du ministère de la Famille et seulement 79 des 548 députés sont des femmes.