Cigarette : pourquoi les plus défavorisés ont-ils plus de mal à arrêter de fumer que les riches ?

Alors que le pourcentage de fumeurs a baissé dans la population à haut niveau de revenus, il s’est accru chez les Français les plus pauvres. Près d’une personne en recherche d’emploi sur deux fume ainsi quotidiennement.

Vous fumez et vous ne parvenez pas à vous arrêter ? Cette difficulté pourrait être intimement liée à votre niveau de revenus et de qualification. C’est ce que révèle le Baromètre santé 2016 d’une enquête de Santé publique France, parue ce mardi 30 mai, sur le tabagisme des Français.

L’enquête a été menée au téléphone auprès d’un échantillon représentatif de plus de 15.000 personnes ayant entre 15 et 75 ans, entre le 8 janvier au 1er août de l’année dernière. Avant, donc, la mise en œuvre du paquet de cigarettes neutre et la hausse du remboursement des substituts nicotiniques.

Bilan ? Alors que le pourcentage de fumeurs a baissé entre 2010 et 2016 dans la population à haut niveau de revenus, il s’est, dans le même temps, accru chez les Français les plus pauvres. Les écarts selon le niveau de diplôme suivent une tendance similaire et près d’une personne en recherche d’emploi sur deux fume désormais quotidiennement. Le tabagisme, qui est à l’origine de 73.000 décès par an, est donc devenu un indicateur d’inégalités sociales : moins on est riche, plus on a de chance de fumer et plus on a de difficultés à s’arrêter. Comment expliquer cette inégalité qui se creuse chaque année davantage ?

“Il est difficile de se projeter dans l’avenir”

Contactée par “l’Obs”, Viêt Nguyen-Thanh, responsable de l’unité Addictions de Santé publique France, n’est pas surprise par le constat que fait l’étude à laquelle elle a participé :

“La tendance s’observe depuis la fin des années 1990. Entre 2000 et 2010, elle est devenue encore plus significative et continue à s’amplifier aujourd’hui.” 

Si les chercheurs n’ont pas encore à ce jour de certitudes pour expliquer cette tendance, ils dressent néanmoins plusieurs hypothèses.

“Globalement, dans le domaine de la santé publique, les personnes les plus à l’aise sont les premières à bénéficier des dernières avancées et recommandations. La diffusion de l’innovation sociale les touche d’abord”, explique Viêt Nguyen-Thanh. Le tabagisme n’échappe pas à la règle :

“Plus on subit la précarité, plus il est difficile de se projeter dans l’avenir et donc de se soucier de sa santé sur le long terme. Le quotidien, avec ses soucis financiers par exemple, prend le dessus. Quand on se demande si l’on va réussir à payer son loyer le mois prochain, on a du mal à faire des projections sur plusieurs années.” 

“L’envie d’arrêter de fumer est la même pour tous” 

Tous les fumeurs savent que fumer est mauvais pour leur santé – c’est même écrit sur le paquet – mais la très grande majorité d’entre eux à tendance à penser que les maladies liées au tabagisme ne les toucheront jamais. “Une réaction humaine”, selon Viêt Nguyen-Thanh qui ajoute également que “ce déni est encore plus fortement observé chez les personnes les plus pauvres”.