Catherine Kintzler : « la laïcité a produit plus de libertés que ne l’a fait aucune religion »

De plus n’oublions pas que l’école publique primaire et secondaire accueille des mineurs : il faut les protéger les uns des autres. Ils viennent de tous horizons, il y a donc aussi des élèves dont les parents sont incroyants : pourquoi devraient-ils subir un affichage que leurs parents n’approuvent pas nécessairement ? Permettre cet affichage à l’école en prétextant qu’on l’étend libéralement à toutes les religions, ce serait normaliser le fait religieux et inviter chacun à s’y inscrire, ce serait insinuer que la normalité est d’avoir une religion.

On oublie toujours que l’élève qui ôte ses signes religieux à l’entrée de l’école publique les remet en sortant. Ce qui serait une privation de liberté, ce serait, soit que l’État interdise à tout le monde d’en porter partout en public et tout le temps, soit qu’il laisse des communautés en imposer le port à leurs prétendus « membres » partout en public et tout le temps. En d’autres termes, l’école publique offre aux élèves une double vie. C’est ce que j’appelle plus généralement la respiration laïque : savoir quand et où on doit s’abstenir, quand et où la liberté la plus large s’exerce – étant entendu que le second cas (liberté) est infini alors que le premier (abstention) est expressément limité par la loi. L’école est un lieu emblématique de cette distinction, et pas seulement sur la question des opinions religieuses, politiques ou autres.

[1]    Locke, Lettre sur la tolérance (1689), ma trad. à partir de la trad. Le Clerc, éd. J.-F. Spitz, Paris : GF, 1992.
[2]    Voir le Rapport annuel Freedom of Thought établi par l’International Humanist and Ethical Union.

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