Au Mali, les « anges du porte-à-porte » soignent les quartiers pauvres

Santé en Afrique : les femmes et les enfants d’abord !  Episode 1 Au Mali, les « anges du porte-à-porte » soignent les quartiers pauvres de Bamako. Pour assurer les soins essentiels et connecter structures de santé et population, 3 300 agents de santé communautaire sillonnent le pays.

reportage de Matteo Maillard (Bamako, correspondance) publié sur le site lemonde.fr/afrique le 24 02 2021

Chaque jour, Coumba Dicko arpente les ruelles escarpées du quartier de Yirimadio à Bamako. Un entrelacs de cahutes sorties de terre qui lui donnent plus l’apparence d’un village de brousse que la périphérie d’une capitale. En ce matin de février, dans son sac à dos, des boîtes de médicaments, des gants de plastique, un thermomètre et des masques chirurgicaux. Pourtant Madame Dicko n’est ni médecin, ni infirmière. « Je suis agente de santé communautaire », clame-t-elle, non sans fierté.

Sept ans qu’elle exerce cette profession de cœur. Esthéticienne de formation, elle n’a pas hésité à abandonner son activité dès l’annonce de son recrutement. « Je voulais aider et soigner ma communauté », dit-elle. Yirimadio est l’un des quartiers les plus pauvres de Bamako, la capitale du Mali. L’une de ces zones périurbaines où la ruralité en exode s’entasse dans des basses-cours insalubres. « C’est une population qui vit à une journée de la pauvreté, résume Christian Rusangwa, directeur de l’assistance technique de Muso, l’organisation non gouvernementale (ONG) qui emploie Mme Dicko. Le gouvernement ne maîtrise pas la pression démographique et les populations périphériques peinent à accéder aux soins. « On trouve encore de nombreux cas de malnutrition et des besoins de santé primaire ici », poursuit le docteur.

A Yirimadio, il n’existe qu’un centre de santé communautaire (CSCom) pour 192 349 habitants et 37 864 foyers. Dès les premières lueurs, des médecins débordés font passer des tests de grossesse, vaccinent des files entières, soignent paludismes, infections pulmonaires, septicémies et plaies diabétiques. Si les soignants qui suent dans ces salles exiguës soufflent parfois, c’est grâce à l’armée d’agents de santé communautaire (ASC) qui s’édifie depuis 2008. Aujourd’hui, ils sont 225 à sillonner le quartier. Chacun s’occupe de ses voisins. Coumba Dicko est responsable de la zone 42, autour de son logement. Elle suit entre trente et quarante patients par mois. En janvier, elle a réalisé plus de 1 000 visites à domicile, couvert 193 ménages. Ici, chacun connaît les« anges du porte-à-porte ».

Confiance aveugle
Une jeune mère, bambin noué sur le dos, l’interpelle dans la rue. Depuis quelques jours, un mal de ventre la plie de douleur. D’habitude, Mme Dicko diagnostique et apaise, mais le cas semble grave. Elle doit en référer au centre. « J’adore aider mais mes moyens sont limités », s’agace-t-elle. La jeune mère a une confiance aveugle en l’agente depuis sa grossesse, lorsqu’elle venait lui rendre visite trois fois par semaine.