Afrique du Sud. “Dis maman, c’est quoi le privilège blanc ?”

Pour expliquer à son fils adolescent l’expression “privilège blanc”, une universitaire noire sud-africaine liste des situations de la vie quotidienne où elle est constamment victime de discriminations, contrairement aux Blancs.

article du journal sud africain Daily Maverick  traduit  par courrier international le 25 06 2018

Avant que le sujet ne fasse l’objet d’un débat sur les réseaux sociaux sud-africains, mon fils ado m’a interrogée à propos d’une expression qu’il venait de découvrir en classe : “Que signifie ‘le privilège blanc’, maman ?”

J’ai répondu à mon fils en lui rappelant un incident survenu il y a quelques années, alors qu’il s’était rendu dans un magasin d’une grande enseigne d’articles de sport et d’activités de plein air pour acheter du matériel de camping en prévision d’une sortie scolaire.

J’imagine la manière dont il devait manipuler certains articles avant de les reposer pour passer aux suivants. Il était à la fois inquiet et excité à l’idée de partir et bien décidé à choisir lui-même son matériel. L’expérience allait se révéler bien différente de ce qu’il avait prévu.

“Mon fils est suivi dans le magasin”

Tout le temps que mon fils [noir] est resté dans le magasin, il a été suivi par une femme en uniforme – un vigile –, qui lui a demandé d’enlever sa capuche et l’a même averti qu’elle gardait un œil sur lui. Aucun des adolescents blancs qui se trouvaient dans le magasin n’a été soumis au même traitement.

Mon fils m’a raconté ce qui s’était passé un peu plus tard dans la soirée. J’ai immédiatement déposé une réclamation auprès du directeur du magasin et j’ai reçu en retour des excuses à la noix ainsi qu’une vague promesse de geste commercial. Je n’en ai jamais plus entendu parler.

J’ai rappelé à mon fils que même s’il avait une raison parfaitement légitime de se trouver dans le magasin, même s’il avait l’argent nécessaire pour payer ses achats, et que même s’il portait la même capuche que beaucoup d’autres jeunes – ça fait presque partie de la tenue habituelle des adolescents –, il avait été le seul à être surveillé de près. C’était du racisme, bien sûr ; le résultat des contrôles au faciès quotidiens auxquels tant de jeunes Noirs sont toujours soumis.

La présence d’un Blanc jamais remise en cause

L’expérience a dû être bien différente pour les jeunes Blancs, habillés comme lui, qui se trouvaient dans le magasin. En général, quand des Blancs entrent dans un lieu public, ils considèrent comme allant de soi que leur présence ne sera pas sujette à caution. L’idée que quelqu’un puisse mettre en doute la légitimité de leur présence ou leur capacité à payer leurs achats ne leur passe jamais par la tête. C’est cela, le privilège blanc, ai-je expliqué à mon fils.