À Paris, la faim affecte de nouvelles populations

À l’origine prévu pour les SDF, le dispositif de distributions alimentaires mis en place par le diocèse de Paris attire de nombreuses personnes que le confinement a fait basculer dans une grande précarité.
reportage par Aude Bariéty de publiés sur le site lefigaro.fr, le 24 04 2020

«Les bananes d’abord!» Dans le réfectoire, une vingtaine de bénévoles masqués s’activent autour de trois grandes tables. Chacun leur tour, rompus à la manœuvre, jeunes et moins jeunes attrapent taboulé, boîte de sardines, sandwich, yaourt, compote, banane, couverts et fourrent le tout dans un sac plastique bleu. Tous les matins, sept jours sur sept, la même scène se répète.

Chaque jour, les bénévoles réunis par le diocèse de Paris préparent ici à «Stan» 1400 sacs repas en quelques heures. Aude Bariéty – Le Figaro

Privé d’élèves depuis la mi-mars, le gigantesque site du groupe scolaire privé Stanislas, dans le 6e arrondissement, a trouvé une nouvelle utilité en devenant un des points de départ du circuit de distribution alimentaire organisé par le diocèse de Paris. «Cela nous a paru naturel», souligne Frédéric Gautier, directeur de l’établissement. 3000 sacs repas sont désormais quotidiennement distribués par 29 paroisses parisiennes aux personnes dans le besoin.

À l’origine de cette initiative, élaborée avec la ville de Paris, la préfecture, plusieurs associations et de nombreuses entreprises, Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris. «Dès le début du confinement, on s’est aperçus que tout le monde rentrait chez soi et que seuls restaient dehors ceux qui n’ont pas de chez eux. Tout fermait. On ne pouvait pas rester inactifs. On a donc monté en 48 heures une opération pour faire face à l’urgence», raconte-t-il au Figaro.

Une logistique millimétrée
Au fil des jours, l’organisation s’est étoffée et a trouvé son «rythme de croisière», souligne Olivier, le responsable du site de «Stan» pour cette opération. Chaque matin, des denrées alimentaires données – par Bonduelle, Andros, Monoprix… – ou achetées sont réceptionnées par l’équipe d’intendance de l’établissement scolaire. «En temps normal, on sert 4000 repas par jour… Alors les camions de plusieurs tonnes qui livrent des palettes entières, on connaît!» sourit Gaëtan, l’intendant.

Direction le réfectoire, où 1400 sacs repas sont constitués par deux équipes qui se relaient un jour sur deux. «Cette opération me permet d’être utile… et aussi de voir du monde! Il y a une super ambiance», témoigne Adèle, 23 ans, étudiante et membre de l’équipe des jours pairs. Son chef d’équipe, Alexis, salue la motivation des bénévoles: jusqu’au 11 mai, tous consacrent trois à quatre matinées par semaine à ce travail à la chaîne, qui «n’est pas toujours exaltant».