Nos vie confinées : la solidarité en plein essor

Hausse du bénévolat dans les associations, mobilisation individuelle ou collective , solidarité en plein essor : la crise sanitaire suscite une « insurrection de la bonté », comme en 1954
article par Jessica Gourdon publié sur lemonde.fr, le 23 04 2020

Il est 18 heures lorsqu’une mosaïque de visages inconnus surgit sur l’écran de l’ordinateur. Sur l’application de visioconférence Zoom, on entrevoit des bouts de canapé, un cadre de lit, des bibliothèques. Marie est chez ses parents à Volvic (Puy-de-Dôme), Justine dans le 10e arrondissement de Paris, d’autres sont à Rennes, Nantes, Marseille… « Merci d’être là ! », s’exclame Lauren Miller, 27 ans, animatrice de cette réunion de 50 futurs bénévoles organisée par l’association Makesense.

« En attendant que tout le monde se connecte, qui veut partager une recette de cuisine ? », tente Lauren. Passé les pommes au four, Virginie, l’une des participantes, active son micro : « Pour moi, être dans l’action, c’est un moteur pour supporter le confinement. Mais je ne me voyais pas me lancer seule. » La majorité du bataillon a entre 20 et 40 ans, beaucoup n’ont jamais été bénévoles. Makesense s’adresse particulièrement à eux, et se présente comme une rampe de lancement vers l’engagement, version start-up. « Si vous êtes ici, c’est que vous voulez aider. Même si vous n’aidez qu’une seule personne, vous pouvez avoir un impact », débite Lauren.

Ici, tout est balisé : les bénévoles intègrent un « programme » de cinq jours, à base de mails de formation quotidiens et d’actions à réaliser, d’échanges sur des boucles WhatsApp en « team » de quinze, sous la houlette d’un ou d’une « super-mobilisatrice ». Goli Moussavi, directrice de La Cloche, une association d’aide aux SDF partenaire du programme de Makesense, se lance dans un mini-exposé sur les difficultés de sans-abri en temps de confinement. Cette semaine, l’objectif de l’une des « promos » sera de constituer des kits de produits d’hygiène pour ces personnes, en sollicitant notamment des pharmacies pour des dons en nature – ceux-ci seront distribués par des associations. Des réunions de lancement de ce type, Makesense en organise tous les lundis depuis le 23 mars. Ils étaient 45 bénévoles la première semaine. Lundi 13 avril, le programme comptait 450 nouveaux participants, répartis en groupes : l’aide aux soignants, aux SDF, aux personnes âgées… Un emballement qui témoigne de ce que nombre d’observateurs constatent : le confinement suscite un puissant élan de solidarité, notamment chez des personnes qui ne s’étaient jamais engagées.