Vu du Royaume-Uni. La laïcité à la française expliquée aux étrangers

Les polémiques suscitées par le discours sur le séparatisme l’ont montré une nouvelle fois : le concept de la laïcité à la française est difficile à appréhender pour un étranger. Le magazine britannique The Economist publie son explication de ce principe au cœur du modèle français.

article publié sur le site economist.com le 23 11 2020, traduit et partagé par courrierinternational.com  le 06 12 2020

Chaque fois qu’un acte de terrorisme islamiste est commis sur le sol français, le pays relance le débat sur la laïcité et cherche à déterminer si elle est la réponse ou la source du problème.

L’article premier de la Constitution française stipule clairement que la France est une République “indivisible, laïque, démocratique et sociale”. Difficile à traduire, le mot “laïque” fait référence au credo de la laïcité à la française, une forme de sécularisation qui se trouve au centre de l’histoire et de l’identité du pays, mais est très mal comprise ailleurs. Il ne s’agit ni d’un athéisme d’État ni d’une interdiction des religions, mais plutôt d’une consécration dans la loi du droit de tout un chacun de croire ou non, tout en maintenant la religion hors des affaires publiques. Par exemple, un président français ne peut pas prêter serment sur un livre saint, une école publique monter une pièce de théâtre sur la Nativité ou un mariage être reconnu comme légal s’il a uniquement été célébré dans un lieu de culte.

La laïcité à la française est le fruit d’un conflit avec l’Église catholique. À la fin du XIXe siècle, la République a mené un véritable combat pour extirper les écoles, l’armée et la politique des mains du clergé, parfois en usant de violence. Les écoles religieuses et les couvents ont été fermés de force et des centaines de prêtres ont fui le pays. “Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance”, avait déclaré René Viviani, ministre socialiste, à l’Assemblée nationale.

L’apparition du débat sur le voile
Cette campagne a abouti à une loi votée en 1905 qui sépare les Églises de l’État dans toute la France, à l’exception de l’Alsace-Moselle, où le régime concordataire signé par Napoléon Bonaparte en 1801 est resté en vigueur. L’objectif de cette loi était de protéger la liberté de chacun d’exercer sa foi en privé et de préserver les affaires publiques de toute influence d’une religion.

Ces trente dernières années, plus précisément depuis l’affaire du voile de Creil (au nord de Paris) en 1989, où trois adolescentes ont été exclues de leur collège pour avoir refusé d’ôter leur hidjab en classe, le débat sur la laïcité a basculé de la cohabitation de l’État français avec le catholicisme à son rapport avec l’islam. Des lois sont venues successivement interdire le port de signes religieux “ostensibles” tels que le foulard islamique (et le crucifix) dans les institutions et les établissements scolaires publics (en 2004), puis le port du voile intégral, dont le niqab, dans tous les lieux publics (en 2010).