« Redonner vie aux Juifs déportés de France »

Serge Klarsfeld, 81 ans, a été invité par un lycée parisien à raconter le combat de sa vie : traquer les nazis et les responsables de la Shoah.

CONTEXTE

1- La Journée nationale du souvenir de la déportation est organisée chaque dernier dimanche d’avril.

2- Le 8 mai marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Après la guerre, des dirigeants nazis ont été jugés par un tribunal militaire international, à Nuremberg, en 1945 et 1946.

3- D’autres criminels nazis, dont certains se cachaient en Amérique du Sud, ont pu être jugés grâce au travail et aux preuves recueillies par des « chasseurs de nazis », comme Beate et Serge Klarsfeld.

4- Les Klarsfeld sont à l’origine de plusieurs procès, dont celui de Klaus Barbie. De plus, grâce à eux, des responsables du régime de Vichy ont été poursuivis : René Bousquet, Maurice Papon, Paul Touvier…

Les faits

Fin mars, à Paris, des élèves de première du lycée Jean-de-La-Fontaine ont pu poser des questions au Franco-Israélien Serge Klarsfeld, né en 1935. Voici des extraits de ses réponses.

Il a dit

Début du combat. « Dans les années 1970, alors que j’étais avocat, j’ai mené une campagne avec ma femme, Beate, pour faire juger les organisateurs de la déportation des Juifs de France. Il y avait une situation particulière en Allemagne : en raison d’accords passés, ces criminels ne pouvaient être ni jugés ni extradés vers la France. Ils étaient assurés d’une totale impunité. Le nouveau chancelier, Willy Brandt, a alors signé un accord avec la France. Mais le Parlement allemand ne voulait pas le ratifier. Pour aider à cette ratification, ma femme et moi avons fait pression en organisant des actions illégales en Allemagne. Beate a même fait de la prison. »

Mémorial des victimes.  « En 1975, un procès devait s’ouvrir pour l’ensemble des Juifs de France victimes des nazis. Ces victimes auraient dû être parties civiles, mais beaucoup d’entre elles avaient disparu dans les camps. J’ai alors rédigé le premier livre “mémorial” des déportés, convoi par convoi et par ordre alphabétique. Pour cela, j’ai dû retrouver les prénoms, les lieux de naissance, les adresses, les dates des arrestations… J’ai obtenu des documents en France, au ministère des Anciens Combattants, puis en Belgique, en Allemagne, en Israël, aux États-Unis. Ensuite, j’ai voulu faire le “mémorial” des 11 000 enfants juifs arrêtés en France. Je souhaitais que chacun de ces enfants ait la possibilité de revenir à la lumière du jour. Pour retrouver les adresses, j’ai notamment fait appel aux enseignants et aux établissements scolaires. »