Podcast Beur FM. Un « Pays en Débat » : aujourd’hui l’Iran

Après “Les mots piégés du débat républicain”, France Fraternités et Beur FM s’associent une nouvelle fois. Pierre Henry retourne en studio avec « un pays en débat »  pour décrypter un pays sous l’angle des droits de l’Homme. Les sujets abordés gravitent autour des libertés publiques, des droits des femmes et des diverses révoltes populaires dans certains pays du globe.

Pour évoquer l’Iran, notre pays en débat du jour », Nazila Golestan, signataire de la Coalition nationale pour un Iran démocratique et laïque, installée en France

Première approche : Autrefois territoire de la Perse, l’Iran est un immense pays, qui fait trois fois la France sur lequel vivent 85 millions d’habitants dont 8 millions dans la seule capitale, Téhéran. L’Iran c’est 13 % des réserves mondiales de pétrole et 17 % de gaz. L’Iran est un pays jeune : 55 % de la population a moins de trente ans.
Dans la mémoire collective française, l’Iran c’est un pays un peu lointain, gouverné par un régime religieux chiite, souvent belliqueux, un pouvoir incarné par un guide suprême : hier, l’Ayatollah Khomeyni, aujourd’hui l’Ayatollah Khamenei.
Khomeyni arrive au pouvoir à la suite de la révolution iranienne, en 1979. Une révolte cruciale dans l’histoire du pays ! Le Chah tombe, la République islamique est proclamée.
L’islam est au cœur de la vie politique, il fonde la Constitution. C’est une théocratie
Ce nouveau régime est un système ultra conservateur, profondément inégalitaire, corrompu, au pouvoir depuis 43 ans.            Les femmes sont les plus restreintes dans cette nouvelle configuration : port du voile obligatoire, interdiction d’accès à certaines filières d’universités, punitions physiques sont toujours d’actualité.
Mais depuis septembre dernier, les Iraniennes se révoltent. Les voiles tombent, brûlent, les femmes descendent les rues. Des révoltes, il y en a déjà eu en Iran ! Le peuple s’est souvent manifesté contre son gouvernement, qu’il jugeait trop inégalitaire. Mais cette fois-ci, c’est la mort de Mahsa Amini, condamnée pour avoir mal dissimulé sa chevelure en public, qui a tout déclenché.

Entretien

Pierre Henry : Ces dernières semaines, il y a des mouvements qui secouent tout le pays au travers de la mort de Masha Amini. Du point de vue de l’opposition, quelle est la situation actuelle en Iran ?

Nazila Golestan : Ce sont des manifestations d’un mouvement de coalition. Ce mouvement démocratique en Iran, il vient de très très loin, ça date même de plus d’un siècle. Mais aujourd’hui, ça prend de l’ampleur parce que, après trois ans, surtout les femmes qui subissent une répression d’un gouvernement théocratique. Il y a l’apartheid aussi, donc tout ça a pris l’ampleur après le drame de l’assassinat de Masha Amini. Et aujourd’hui, on voit que ces manifestations dans les environs, partout dans toutes les villes iraniennes prennent une autre ampleur. Par exemple, aujourd’hui le conseil syndical de coordination des enseignants et des professeurs des universités ont annoncé une grève et refusent de participer aux cours, dans les écoles et à l’université.

Vous savez combien la répression est violente, on parle de plus de 70 morts. Quelle peut être la perspective de cette révolte de la jeunesse iranienne qui manifeste un courage extraordinaire à travers les femmes qui descendent dans la rue ?

Aujourd’hui, pour la première fois, on voit en Iran que les femmes sont dans les rues. Mais à côté, il y a des hommes, jeunes, qui sont là. Autant que des jeunes filles et qui sont dans la rue pour aider l’autre et ils sont en train de se battre. C’est vrai que la répression prend de l’ampleur. Le gouvernement et la police commencent, ils sont partout. Ils utilisent des caméras de surveillance qu’ils ont acheté à la Chine. Et il y a le ministre de l’Intérieur iranien. Il y a peu, à la télé, il a ouvertement annoncé  : »On est en train de vous voir, on va vous arrêter, vous allez payer ». Il y a des menaces, tous les jours, via les télévisions envers les manifestants. Mais on voit que les gens ne veulent pas rentrer, ils résistent. Et il y a des syndicats (industrie pétrolière) qui rejoignent la population.

Il y a eu d’autres révoltes dans le passé et toutes ont été matées par le pouvoir dictatorial des mollahs. Quel est le débouché politique de tout cela ?

L’opposition, en Iran, est à l’intérieur du pays, ce sont des activistes des droits de l’Homme, des activistes politiques, la majorité d’entre eux sont dans les prisons. Ils demandent une chose, ils veulent une Constitution démocratique basée sur des valeurs universelles et laïques. Les gens dans les rues crient qu’ils ne veulent pas d’un gouvernement théocratique, mais laïque, dans lequel la religion est séparée de l’Etat. L’égalité des sexes fait aussi partie des revendications. Ils demandent un dialogue national. Il y a beaucoup d’appels à l’intérieur du pays, via des activistes politiques surtout, qui demandent aux forces armées ou forces militaires qu’ils arrêtent d’attaquer, surtout ceux qui ont tiré sur les manifestants. Il s’agit de développer un dialogue pour qu’on puisse atteindre une transition démocratique.

Prochain « pays en débat », la Mauritanie. Invité  Moulaye El Hassant, militant contre l’esclavage

Diffusion samedi 29 octobre à 8h20, rediffusion le dimanche à la même heure. La fréquence francilienne de Beur FM est 106.7.  Si vous souhaitez écouter l’émission depuis une autre région française, vous trouverez toutes les fréquences en suivant ce lien