Paris-Match dans le 9.3 : droit de réponse de l’association Pierre de lune

Cette semaine Paris Match vient de proposer une immersion en quartier populaire. Objectif : illustrer la solidarité à Pantin, par la mise en exergue des actions des associations locales comme l’association Pierre de lune . Malheureusement, et comme souvent, cette double page avec photos ne fait qu’enchainer représentations, essentialisation, mépris et clichés humiliants, dans la stricte lignée des publications dégradantes sur les quartiers populaires et ses habitants.  

droit de réponse de l’association “Pierre de Lune” publié sur le site fumligene.org, le 2 05 2020

Fumigene Mag suit le travail de l’association Pierre de Lune à Pantin, depuis des années. Nous leur ouvrons nos pages pour publier leur droit de réponse à cet article.
Paris Match, média mainstream, s’intéresse aux initiatives populaires solidaires durant la crise sanitaire. L’idée est bonne, l’intention est là mais les représentations des journalistes prennent le pas sur les exigences des pratiques et déçoivent une fois de plus les habitants et habitantes de Pantin qui leur ont fait confiance. À nouveau il nous faut prendre la parole, à nouveau il nous faut déconstruire, à nouveau il faut nous emparer d’espaces médiatiques indépendants pour crier notre colère et défendre notre dignité face à la description humiliante qui est faite des nôtres. Nous avons alors souhaité interroger les pratiques journalistiques à l’oeuvre dans cet article pour analyser les exigences du métier à l’aune des représentations individuelles des journalistes. Parce qu’il n’est pas envisageable de se contenter de la visibilité accordée. Parce que se taire c’est légitimer les clichés et raccourcis gangrenant cet article.

Une affaire de représentations

« Solidarité en bande organisée » : La bande organisée ou l’association de malfaiteurs telle que décrite dans le Code Pénal comme “tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou plusieurs infractions”. Une référence à la délinquance qui tente probablement de déjouer les ressorts du préjugé parce que la sociologie nomme le retournement du stigmate. Le procédé consistant à s’approprier un stigmate dont on est victime. Il convient alors d’en laisser l’usage aux personnes actrices au risque de réactiver l’imaginaire censé être déconstruit. Un titre donc sensationnel qui renforce les préjugés en tentant de les confronter, à l’image du contenu qui déroule l’éternelle scission entre la banlieue et les autres.

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Le décor est posé : une journée solidaire qui débute par des “checks” sur “fond de rap” sous la coordination de “Boucher”. Mohammed s’est pourtant présenté comme tel en accueillant dans le local associatif les journalistes de Paris Match. Mohammed ou “l’armoire à glace glissée dans un survêtement qui se fait appeler Boucher”. Oui Mohammed se fait appeler “Boucher” par ses proches, par le cercle intime des personnes avec lesquelles il vit. Un surnom comme tant d’autres dans tant de quartiers, utilisé comme un espace symbolique de représentation, qui appartient à sa vie privée et qui se répètera tout au long de l’article pour le qualifier. La journaliste empiète alors sur cet espace intime et par le biais d’un rapport de domination inconscient, déshumanise le jeune bénévole jusqu’aux citations des entretiens, retranscrites sans êtres retravaillées. Une forme de dénigrement qui se poursuit avec l’étonnement de la rédactrice face à “l’application d’écolier” de Mohammed. Président de L’Olympique de Pantin, à la tête d’un club de football historique qui ne compte pas moins de 650 adhérents, aucune mention pourtant ne sera faite ni de ses compétences, ni de ses activités professionnelles et de loisirs, ni même de son prénom. On assiste bel et bien à une négation de la singularité du président associatif à qui on concède une ultime remarque de la situation vécue dans son propre quartier : “Ça devient chaud.” C’est le cas de le dire.