Louis Gallois :« Pour les plus démunis, le système tient mais avec de graves insuffisances »

En pleine crise sanitaire causée par le coronavirus, le président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Louis Gallois, alerte sur la situation des sans-domicile et des migrants.

Propos recueillis par Isabelle Rey-Lefebvre et Julia Pascual publié sur le site lemonde.fr le 02 04 2020

Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), réclame la mise à disposition de nouveaux lieux pour mettre à l’abri les sans-domicile et juge catastrophique la fin de l’enregistrement des demandes d’asile. Il plaide pour que les plus démunis ne soient pas les grands oubliés une fois la crise liée à l’épidémie de Covid-19 passée.

Que pensez-vous des réponses apportées aux plus démunis dans cette crise du coronavirus ?
Je constate que le système tient, mais il y a de graves insuffisances. Les associations, qui œuvrent en général avec des bénévoles âgés, ont considérablement réduit leurs distributions alimentaires, leurs maraudes et leurs accueils de jour.

Des gens appellent le 115 parce qu’ils ont faim et n’ont pas mangé depuis deux ou trois jours. Ils ne peuvent même plus faire la manche. Mais les associations font preuve de réactivité et d’innovation pour pallier ces manques.

Sur le plan de l’hébergement, qui accueille 110 000 sans-abri dans des structures dédiées, 50 000 dans des chambres d’hôtels et 100 000 dans les circuits réservés aux demandeurs d’asile, le système tient grâce à l’engagement des salariés : entre 60 % et 70 % d’entre eux sont au travail, alors qu’ils ne sont pas correctement protégés car nous manquons cruellement de masques et de gel hydroalcoolique. Chaque jour, je constate leur engagement et leur créativité. C’est une fierté. Un grand merci à eux.

Le gouvernement a mobilisé des places d’hébergement et des gymnases : est-ce satisfaisant ? Faut-il aller plus loin en réquisitionnant des logements ?
L’Etat a décidé de ne pas refermer les places hivernales, ce qui a évité de remettre plusieurs milliers de personnes à la rue. Il a ouvert 5 000 places d’hôtel et mobilisé des gymnases, mais, dans une situation d’épidémie, ils ne peuvent accueillir que pendant un temps très court.

Il faut des solutions plus adaptées, pas forcément des logements mais dans les lycées et les internats, comme le suggère Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, et aussi dans les résidences pour étudiants ou auberges de jeunesse. Il faut, bien sûr, avoir les effectifs nécessaires.

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