Ismaël Saidi : « La laïcité est le plus beau cadeau que la France ait fait à l’humanité »

ENTRETIEN Avec une pièce de théâtre* consacrée à la figure de Mahomet, un livre** (aux éditions Autrement) et une série de dessins animés*** déconstruisant les clichés que nous pouvons avoir sur les religions, ce début d’année apparaît bien chargé pour Ismaël Saidi. L’auteur belge de 44 ans qui s’était fait connaître en 2015 avec la pièce de théâtre Djihad n’en a visiblement pas fini avec la question des croyances. Il confie au Point pourquoi il a choisi la France pour vivre et expose la manière dont il perçoit notre pays. Interview  Propos recueillis par Baudouin Eschapasse et publiés sur le site lepoint.fr, le 04 02 2021
Le Point : Votre nouvelle pièce, intitulée « Muhammad », va être créée le 4 février au théâtre de Liège, en Belgique. Comment vous est venue l’idée de ce spectacle qui raconte la vie du Prophète ?
Ismaël Saidi : Trois ans après avoir créé le spectacle Djihad (qui décrivait, sur un mode tragicomique, les pérégrinations de trois apprentis terroristes, NDLR), j’ai écrit un livre sur la figure de Mahomet**** avec l’universitaire Michaël Privot, islamologue, par ailleurs historien des religions. Nous souhaitions proposer aux lecteurs un état des lieux des connaissances sur le Prophète un peu comme ce qui a été fait pour le christianisme autour de la figure historique de Jésus. Nous voulions retrouver l’homme derrière l’idéologie et déconstruire le discours politique qui entoure cette figure centrale de l’islam. Le succès de l’ouvrage m’a donné envie d’adapter son contenu pour la scène.
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C’est un seul-en-scène. Comment procédez-vous pour raconter cette histoire ?
Que les choses soient claires. Je ne joue pas le rôle de Mahomet. Je me contente d’interpréter l’un de ses compagnons de route : un personnage appelé Salman le Perse qui se réveille après de longs siècles de sommeil et tente de comprendre pourquoi on fait tant de bruit autour de l’homme qu’il a connu. C’est en adoptant le regard de ce proche que je vais raconter la vie de Muhammad en un long monologue qui s’inspire des mélopées des griots africains.

Comment faites-vous pour « recontextualiser » les choses ?
La mise en scène, signée Sally Micaleff, est très sobre. Le décor d’Yvan Bruyère est minimaliste. Nous sommes comme dans un désert. Sont néanmoins projetées des vidéos pour habiller certaines scènes. La musique qu’a composée Amine Bouhafa, auteur de la bande-son du film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, en 2014, joue un rôle important. (Ce spectacle sera accessible en direct et gratuitement via l’application du théâtre).
Qu’est-ce qui vous pousse à vous confronter à ce sujet ?
Je veux permettre aux spectateurs de découvrir la vie de Muhammad sans tout le fatras idéologique qui l’encombre. J’aimerais qu’on puisse découvrir cet homme sans plaquer sur lui tout ce que charrie notre imaginaire contemporain. Il a vécu au VIIe siècle de notre ère, à une époque où n’existaient ni le concept d’État ni celui de nation. Il est important de « recontextualiser » les choses, comme on dit, sans projeter sur cette figure historique ce que nous vivons aujourd’hui. Et, inversement, sans vouloir imposer à notre époque des aspects de la tradition qui remontent à plus de mille quatre cents ans.