Irak : un musulman sauve des anciens manuscrits chrétiens au péril de sa vie

Face à la fureur destructrice de Daesh et au milieu du champ de ruines laissé dans son sillage funeste, la fraternité humaine rapprochant dans une proximité éclairée deux familles irakiennes, l’une musulmane, l’autre chrétienne, a été plus forte que tout.

article publié sur ouma.com, le 17 10 2018

Le narrateur de cette belle histoire, qui a fait renaître une lueur d’espoir dans un ciel assombri par un obscurantisme mortifère, est Paul Thabit Mekko, un prêtre chaldéen, à qui les mots manquent pour exprimer sa gratitude envers celui dont il salue la bravoure : un père de famille musulman de Mossoul qui risqua sa vie en cachant chez lui, pendant trois ans, deux précieux manuscrits chrétiens.

C’est en 2015, alors que les combattants de l’Etat islamique faisaient régner la terreur dans la région, n’épargnant personne et anéantissant tout sur leur passage, que cet Irakien musulman découvrit par hasard, aux abords du monastère chaldéen Saint Michel, deux textes anciens enfouis sous les décombres.

Au premier coup d’œil, il comprit très vite qu’il était en possession de deux documents sacrés, d’une valeur inestimable. Il réalisa encore plus rapidement que s’il passait son chemin sans agir, ils seraient voués à disparaître dans un paysage de désolation. Cette idée lui étant insupportable, un seul choix s’imposa à lui : conserver soigneusement, à l’abri des regards et des forces du mal, ces deux trésors du patrimoine chrétien, en attendant le jour où il aurait le bonheur de les restituer à de hauts dignitaires de l’Eglise catholique chaldéenne, sans craindre de subir les représailles de Daesh.

Au péril de sa vie

« Il avait peur, il savait qu’il avait défié les jihadistes et qu’il serait tué s’il était découvert », a relaté récemment le Père Paul Thabit Mekko, avec une profonde émotion.

Le jour de la délivrance arriva enfin, en juillet 2017, avec la libération de Mossoul. Lié d’une amitié indéfectible avec son voisin chrétien depuis plus de vingt ans, ce héros musulman, malgré lui, s’empressa de lui révéler son lourd secret, afin qu’il puisse le conseiller au mieux sur la marche à suivre. Bouleversé par son acte héroïque de résistance, celui-ci lui suggéra de se tourner vers un représentant de la communauté chaldéenne à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, au nord de l’Irak.

Ce qui fut fait, en redoublant de prudence et en restant anonyme, car le protecteur musulman de deux textes sacrés chrétiens redoutait l’extraordinaire capacité de nuisance des « cellules dormantes d’Isis », qui sommeillaient encore dangereusement à Mossoul.