« En prépa, j’étais perçue comme une banlieusarde »

La majorité des gens de banlieue ont abandonné à mi-parcours, parce que ce n’était pas leur délire et qu’ils ne se sentaient pas dans leur environnement. La mentalité, les principes et les valeurs morales, tout était bien trop différent. L’esprit de compétition entre les étudiants, les notes classées, la condescendance de certains profs… Ils n’ont pas supporté cette ambiance élitiste.

Une fois, je me souviens, j’étais avec une camarade et elle me parlait en mode « yo, wesh wesh, tchip, je suis une meuf de la cité ». Je trouvais ça tout sauf drôle. Qu’est-ce que ça signifiait ? Parce que je venais de la banlieue, on me collait une étiquette de fille qui ne savait pas bien s’exprimer ? Quand j’avais le malheur de me plaindre ou de m’énerver, on me disait : « Vous les Noirs, vous vous énervez trop rapidement ».

« Je me devais d’être à la hauteur »

La prépa, ce n’était pas mon délire, mais je suis parvenue à m’adapter tout en restant fidèle à moi-même. Je n’ai jamais abandonné, même si je ne me sentais pas à ma place. Ce qui m’a permis de garder la tête haute et de ne pas abandonner, c’est ma ténacité et ma détermination à réussir une formation à la fois exigeante et prestigieuse, pour laquelle je n’étais pas pressentie.

Je n’avais certes pas le même bagage intellectuel que certains de ma classe au départ, mais je me différenciais parce que je venais de banlieue et que j’étais perçue comme une banlieusarde. Mais pas n’importe quelle banlieusarde ! Une banlieusarde qui aime l’art, qui fait du théâtre et qui lit du Barthes, une sorte de Moha La Squale bis. Comme je le dis souvent : une « racaille » faisant partie de l’élite. Ça faisait ma singularité. Et j’ai pu constater qu’une grande motivation peut venir à bout des plus grandes difficultés. Noâm aussi [lire son témoignage ici] est un « banlieusard » et a fait une prépa ! Et il a fini par trouver son équilibre entre les deux milieux, malgré sa prétendue différence.

Je me suis rendu compte de la chance que j’avais de venir de banlieue. Je me devais d’être à la hauteur ! Dans ma ville, tout le monde ne fait pas de grandes études. J’étais un vrai modèle pour mes amis et les grands du quartier qui ont arrêté les études très tôt pour dealer de la drogue. Un jour, ils m’ont vue rentrer chez moi, et ils m’ont appelée « l’intellectuelle ». Ils me disaient : « Tu es courageuse. Continue comme ça, on est fiers de toi, tu es la fille la plus intelligente qu’on connaisse ». Et ça me faisait plaisir dans le fond, parce que j’avais le sentiment d’avoir accompli quelque chose, après tous les sacrifices que j’ai été amenée à faire pour mes études. Pour le moment, je n’ai encore rien accompli professionnellement, si ce n’est être vendeuse dans une boutique de fringues. Je suis en troisième année de licence de lettres modernes à l’université de Nanterre. Mais je compte bien atteindre mes objectifs et cela, peu importe le milieu d’où je viens.