En Hongrie, on apprend que « les garçons et les filles n’ont pas les mêmes aptitudes intellectuelles »

« La grande question, c’est : que va-t-il se passer après l’élection ? La législation en préparation sur les ONG, qui est très similaire à celle en vigueur en Russie, permet de poursuivre n’importe quelle ONG sous prétexte qu’elle œuvrerait contre la Hongrie… »

Le gouvernement a prévu toute une panoplie de mesures qui va lui permettre de faire le grand ménage. Par exemple, pour travailler, il faudra qu’au moins la moitié des financement reçus par l’organisation proviennent de personnes résidant en Hongrie. De quoi raser de la carte un paquet d’associations de défense des droits des femmes.

En même temps que les autorités hongroises s’emploient à faire disparaître les ONG qui l’empêchent de tourner en rond, elles favorisent leur remplacement par des « GONGOs », (government-organized non-governmental organization) comme on appelle ironiquement les ONG… soutenues par un gouvernement. « Ce sont des ONG, souvent liées aux églises, qui ont une base idéologique plus acceptable pour le gouvernement Orban », explique Reka Safrany, du Lobby des femmes. Elle cite l’exemple de Ficsak, une organisation, fondée par l’ex-adjoint au maire du district de Budapest, qui travaille sur l’équilibre travail/vie de famille « pas franchement avec la même conception des choses que nous. »

Pour la survie de la nation

Pour la chercheuse Andrea Peto, professeur de « gender studies » à la Central European University (CEU) de Budapest, nul doute que « tous les discours sur George Soros, les migrants et le genre visent à accroître le sentiment d’insécurité, afin que l’État puisse intervenir et se positionner comme le sauveur du peuple. » Le discours officiel est en effet on ne peut plus anxiogène : la mère hongroise qui procrée est célébrée comme la clé de la survie de la nation, menacée de déclin par son faible taux de natalité et de « grand remplacement » par les migrants. A contrario, le modèle de la femme libérée qui travaille et n’a pas d’enfant est perçu comme un danger existentiel.

On comprend mieux alors pourquoi le Conseil pour des Chances Égales entre Hommes et Femmes – la plus haute instance en matière d’égalité des genres – n’a pas tenu d’assemblée depuis 2010, et pourquoi son portefeuille a été délégué à une institution en charge de la… démographie (Demographic Roundtable). Comme l’a si bien analysé le chercheur bulgare Ivan Krastev, la « panique démographique » est un axe majeur du logiciel des pays d’Europe de l’Est.

Le groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l’égard des femmes dans la loi et la pratique ne s’y est pas trompé. Dans son rapport sur la Hongrie de 2017, il s’inquiète d' »une forme conservatrice de la famille dont la protection est considérée comme essentielle à la survie nationale. » « La politique identitaire du gouvernement hongrois est basée sur les femmes en tant que mères, conclut la chercheuse Andrea Peto. Et leur rôle de protectrices a été étendu à la nation en tant que telle »…