Confrontés à la montée du salafisme, des élus se sentent abandonnés par l’Etat

ENQUÊTE – Dans certaines villes, prédicateurs ou associatifs salafistes tissent leur toile et remplacent parfois les services publics. Les élus locaux se sentent démunis.

Enquête de la rédaction dEurope 1 diffusée le 4 avril 2018

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Ils sont en première ligne, et peinent à trouver les solutions à la mesure de l’enjeu. Dans certaines villes, les élus doivent faire face à l’implantation de salafistes organisés, structurés, qui cherchent à étendre leur influence en proposant des services culturels, éducatifs, sportifs.

Des astuces pour contourner la loi. À Ecquevilly, commune de 4.000 habitants dans les Yvelines, une association salafiste a été expulsée de sa salle de prière par le Conseil d’Etat pour des prêches radicaux. En conséquence, elle a donc déposé un nouveau permis de construire, parfaitement en règle. Pour la mairie, il est devenu impossible de faire barrage. “Ils nous ont fait visiter la salle de prière en construction. Ils avaient prévu de faire des salles de classes, ce n’était pas qu’une petite salle de prière. Il y avait un vrai projet derrière, qui n’a absolument pas sa place dans la commune”, dénonce la maire, Anke Fernandez, au micro d’Europe 1. Quand elle a compris la nouvelle stratégie de l’association, la maire a écrit au ministère de l’Intérieur, mais n’a reçu aucune réponse.

“Ils ont essayé de prendre le pouvoir”. Les élus ont justement l’impression que l’Etat ne prend pas la mesure de la force de frappe des salafistes, à l’image du député socialiste François Pupponi, ancien maire de Sarcelles. Là où avant, dans sa ville, les militants historiques communistes étaient présents, seuls les salafistes réussissent désormais à mobiliser. “Je prends l’exemple d’une association qui fait du soutien scolaire. Ils ont essayé de prendre juridiquement le pouvoir de la maison des jeunes et de la culture, qui est une instance historique de la ville. Je me rappelle d’une assemblée générale où cette association est venue avec 180 membres pour voter, prendre le pouvoir et occuper le lieu. Ce sont des stratégies de gens compétents, militants, très structurés, organisés et financés”, s’agace l’ancien édile.

Se débrouiller seuls. Pour lutter, malgré l’absence d’aide de l’Etat, contre l’implantation de ces réseaux, les élus font ce qu’ils peuvent. Face à ce qui aurait pu ressembler à une banale association d’aide aux devoirs, Philippe Juvin, maire LR de La Garenne-Colombes, a pris des mesures. “Ils voulaient prendre ce local pour y donner des cours réservés aux garçons. J’ai envoyé deux ou trois animateurs de la ville qui se sont installés physiquement dans le local. Et j’ai organisé moi-même, en quelques jours, les fameux cours de rattrapage pour les garçons et pour les filles”, explique-t-il.

Pour ce maire, il est indispensable “d’occuper l’espace”. Dès septembre, dans les centres aérés, il lancera des cours sur les héros de la civilisation européenne. Sa solution à lui.