Comment des situations de harcèlement scolaire peuvent-elles échapper si longtemps à la vigilance des adultes ?

En France, entre 800 000 à 1 million d’élèves, enfants et adolescents, seraient harcelés chaque année. Au-delà de ce chiffre considérable, une autre inquiétude émerge, relayée notamment par la défenseure des droits, Claire Hédon, celle de la durée du harcèlement. Passé le premier choc d’apprendre que son enfant est harcelé, les parents sont souvent effarés d’apprendre que cette situation dure depuis des mois, parfois des années, sans que personne ne s’en soit aperçu ou n’ait signalé le phénomène.

article par Raphaël Hoch, enseignant chercheur à l’université de Lorraine et publié sur le site theconversation.com, le 1 12 2021

Pour comprendre ce qui amène cette situation de violence particulière à perdurer et à devenir chronique, nous vous proposons d’adopter un regard systémique et de considérer le harcèlement scolaire comme la résultante problématique d’une dynamique de groupe où les élèves sont interdépendants et s’influencent réciproquement dans un contexte particulier. On pourrait le considérer comme une pathologie systémique de la relation

Appréhender la situation de manière systémique nous amène à tenir compte d’un certain nombre d’éléments du contexte – et pas uniquement le binôme harceleur/harcelé – mais, surtout, les relations qu’entretiennent ses éléments entre eux. Pour analyser le harcèlement et son caractère durable, nous retenons les critères suivants : le groupe de témoins, le type de harcèlement, l’environnement à savoir l’établissement scolaire, le corps enseignant, le harcelé et le harceleur. L’ordre d’énumération ne reflète pas un caractère d’importance.

Le binôme harceleur/harcelé
En premier lieu, le phénomène de harcèlement perdure parce que les protagonistes de la situation n’ont pas intérêt, pour des raisons évidemment différentes, à en parler à des adultes.

Le harceleur est souvent une personne « populaire » pour qui le harcèlement permet précisément d’acquérir ou de maintenir une position sociale dominante dans le groupe de pairs. C’est pour cette raison qu’il n’a aucune raison d’arrêter. Pour cela, harceler « efficacement » requiert une grande habileté à manœuvrer sa ou ses victimes mais également les témoins présents afin qu’ils ne s’opposent pas à ces agressions.

Même si cela peut paraître paradoxal, la victime de harcèlement hésite à en parler à des adultes (22 % des enfants harcelés à l’école « n’en parlent à personne ») pour deux raisons principales. La première, assez évidente, est que la dénonciation est synonyme de trahison, l’élève devient un « poucave » et, souvent, les représailles ne se font pas attendre et la violence redouble, on lui fait payer la note. La seconde s’incarne dans le fait que les victimes ne veulent pas inquiéter leurs parents, voire leur faire de la peine.