Cinq Africaines à suivre en 2019

Najla Al-Missalati, Maximilienne Ngo Mbe, Kamissa Camara, Fattoum Nasser et Amy Sow font bouger le continent. Portraits de ces femmes révélées par le classement des « 100 Africains de l’année » du magazine « New African ».

 Article signé Sandrine Berthaud-Clair pour Le Monde Afrique et publié le 17 février 2019

Raconter l’Afrique émergente. Dénicher aujourd’hui les talents de demain. C’est à cet exercice que le magazine New African s’est plié dans son numéro trimestriel paru début février. Pour sortir « Les 100 Africains de l’année 2019 », Hichem Ben Yaïche, le rédacteur en chef de l’édition francophone, s’est donné pour contrainte de « ne pas piocher dans les personnalités du premier cercle ». Son classement veut « se concentrer sur les forces vives, les forces de création » qui font avancer le continent.

Exit donc les indéboulonnables présidents et premiers ministres attendus, les puissants chefs d’entreprises et autres people surmédiatisés, et place au « deuxième cercle ». Si pour les hommes la recherche a été aisée, les Africaines, plus réservées peut-être, malgré leur dynamisme et leur inlassable travail, n’occupent qu’une toute petite place dans ce palmarès avec douze portraits seulement. Le Monde Afrique propose un coup de projecteur sur cinq d’entre elles. De ces femmes qui, presque en silence, avancent et font.

Najla Al-Missalati, passeuse de code

L’ingénieure libyenne a cofondé il y a deux ans, à l’âge de 27 ans, l’école SheCodes, exclusivement destinée aux filles qui veulent devenir informaticiennes et développeuses de logiciels. Convaincue que les femmes doivent conquérir l’univers du langage informatique pour se dégager d’une vision réductrice de l’émancipation les confinant à certains métiers, Najla Al-Missalati a convaincu l’Union européenne et Expertise France de la soutenir.

Photo officielle de la Libyenne Najla Al-Missalati, cofondatrice de SheCodes.
Photo officielle de la Libyenne Najla Al-Missalati, cofondatrice de SheCodes.

Les deux premières promotions de jeunes filles sont sorties en 2018, et SheCodes compte investir les écoles de Benghazi pour initier les enfants au monde du 2.0. La guerre fratricide engagée depuis la mort de Mouammar Khadafi en 2011, qui mobilise les hommes au combat, a poussé les femmes à sortir de chez elles et à travailler davantage, « obligeant les mentalités à évoluer petit à petit », explique la Benghaziote. Son ambition est désormais de former des informaticiennes « capables de concurrencer les meilleurs ingénieurs indiens ». SheCodes a remporté le deuxième prix de la compétition mondiale Seed Stars en août 2018.

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Maximilienne Ngo Mbe, lanceuse d’alerte

Directrice du Réseau des défenseurs des droits humains du Cameroun (Redhac), c’est elle qui a dénoncé, début juillet 2018, l’exécution sommaire par des soldats camerounais de deux femmes et de leurs enfants. La vidéo de trois minutes montrant les faits, publiée le 10 juillet sur Internet et rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, avait déclenché un scandale, l’armée étant déjà suspectée de brutalité envers la population civile dans sa lutte contre Boko Haram, notamment dans la région de l’Extrême-Nord. Après plusieurs semaines d’une communication hasardeuse faite d’annonces et de démentis, les autorités camerounaises ont enfin procédé à l’arrestation, le 10 août, de sept militaires.

Maximilienne Ngo Mbe, directrice du Réseau des défenseurs des droits humains au Cameroun (Redhac).
Maximilienne Ngo Mbe, directrice du Réseau des défenseurs des droits humains au Cameroun (Redhac). CC 2.0

La Redhac, ONG habituée des zones de conflits, avait affirmé avoir« recoupé » les informations contenues dans cette vidéo, disant être en mesure d’attester de « son authenticité ». Il aura fallu ensuite plus de deux mois d’enquête collaborative menée par la BBC avec Amnesty International, le site d’investigation Bellingcat et la contribution d’internautes pour déterminer avec certitude le lieu du crime, affiner la date (entre le 20 mars et le 5 avril 2015) et trouver l’identité des deux principaux soldats grâce à des outils numériques et mathématiques.