La Norvège est l’un des pays les plus avancés en matière de droits des femmes grâce à des lois et politiques ambitieuses visant à promouvoir l’égalité des sexes.
Très tôt, les femmes norvégiennes ont milité pour avoir accès à des droits. Dès 1884, l’Association norvégienne pour les droits des femmes a émergé pour revendiquer des politiques d’égalité des sexes. Grâce aux militantes, dès 1913, les femmes norvégiennes ont obtenu le droit de vote, 15 ans seulement après le droit de vote des hommes ce qui est très tôt en comparaison d’autres pays européens dont la France.
Aujourd’hui, la Norvège est l’un des pays les plus égalitaire au monde dans ce domaine. L’indice mondial de l’écart entre les sexes 2024 classe la Norvège au troisième rang en termes de parité entre les sexes avec un score de 87,5% derrière l’Islande et la Finlande.
L’observatoire du droit des femmes revient sur le système norvégien et ses politiques publiques avancées en faveur des droits des femmes et de leur représentation au sein de la société norvégienne.
Que dit le droit ?
La première loi sur l’égalité de traitement entre les sexes a été adoptée en 1978. Cette loi fut modifiée de nombreuses fois. La dernière version de cette loi date de 2018. Elle remplace quatre lois antérieures qui visaient à protéger contre la discrimination fondée sur le genre.
Cette loi est essentielle. Elle vise à améliorer la situation des femmes en les protégeant contre les discriminations liées à la grossesse ou aux congés maternité. Elle favorise l’égalité des chances entre les femmes et les hommes dans les domaines de l’éducation, du développement professionnel ou de l’emploi. Cette loi permet également de garantir la protection des individus par le devoir de prévenir et d’exclure la discrimination et le harcèlement, dont le harcèlement sexuel.

De plus, le tribunal norvégien pour l’égalité et la lutte contre la discrimination a été créé. Cet organe est chargé de prendre des décisions sur des plaintes de discrimination et de harcèlement. Des médiateurs sont sur place pour conseiller et guider les victimes.
La Norvège prend également des mesures concrètes pour renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes. En 2022, le gouvernement a augmenté de 70 % des subventions allouées aux mesures relatives à la famille et à l’égalité afin de renforcer le financement des activités des organisations non-gouvernementales dans le domaine de l’égalité des genres.
Le gouvernement norvégien met en place de nombreuses stratégies afin de renforcer l’égalité. La Stratégie pour la Santé des Femmes, publiée en 2024, vise à améliorer les services de santé concernant les connaissances sur la santé des femmes et améliorer la qualité des soins et ainsi réduire les inégalités. Ce plan est couplé d’un soutien financier à divers organismes comme le financement de 3 millions de couronnes norvégiennes supplémentaires au Centre norvégien de recherche sur la santé des femmes en 2025.
La Norvège a été longtemps critiquée par la société civile sur la définition donnée au viol au sein de son code pénal. En effet, la définition donnée à l’article 291 du code pénal norvégien était fondée sur l’utilisation de la force ou de la menace par l’auteur du viol et non sur l’absence de consentement. Alors en juin 2025, le Parlement norvégien a approuvé la révision de cette définition. Cette révision permet l’introduction de la notion de consentement dans la définition légale du viol.
La Norvège : une égalité par quota

L’égalité est au cœur de l’identité nationale : il est difficilement acceptable qu’il y ait une différence entre les personnes. Alors pour pallier les inégalités entre les femmes et les hommes, la Norvège a décidé d’adopter des quotas de genre pour permettre l’accès des femmes à certains emplois.
Au sein des entreprises privées, le nombre moyen de femmes présidentes-directrices à l’exécutif ou dans les conseils d’administration s’élève à 46 %. Au sein des 200 plus grandes entreprises de Norvège, les femmes ne représentent que 27 % des cadres et 32 % des membres des conseils d’administration. Pour améliorer ce pourcentage, le Parlement norvégien a adopté une loi visant à introduire un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration au sein des grandes et moyens entreprises privées norvégiennes en juin 2023. Cette nouvelle législation permet un élargissement des exigences norvégiennes de représentation des genres.
Ces quotas ont eu des effets concrets sur la représentation des femmes aux postes stratégiques. D’ailleurs, la Norvège atteint un niveau de 42.6 % de représentation des femmes au Parlement norvégien. En effet, les femmes sont au nombre de 72 sur 169 membres actuels du Parlement. En France, seulement 37.95 % des parlementaires sont des femmes.
Grâce à ces initiatives, la participation politique des femmes en Norvège atteint des niveaux inédits.
Une égalité sur l’emploi : la Norvège comme exemple

La Norvège détient un des taux les plus élevé au monde d’activité avec 76 % de femmes âgées de 20 à 66 ans occupant un emploi formel. Par comparaison, la France détient un taux d’emploi de 66.7 %.
Sur le marché du travail, des protections garantissent l’égalité salariale pour les mères salariées et leur assurent un accès équitable aux développements de carrières. Des politiques professionnelles sont promulguées pour lutter contre les discriminations sexistes y compris dans la fonction publique et dans les grandes entreprises.
La loi norvégienne sur l’égalité et la non-discrimination dispose que les employeurs doivent offrir des salaires égaux pour un travail égal. De plus, l’acte sur la transparence oblige les employeurs à tenir informer les salariées de la rémunération initiale permettant aux femmes de vérifier si l’égalité salariale est respectée.
Ensuite, l’État norvégien favorise la conciliation des temps entre le travail et la vie de famille. À la naissance d’un enfant, 48 semaines de congés sont à partager pour les deux parents. L’État couvre 100 % du salaire pendant le congé. Ce congé peut être étendu à 49 semaines mais avec une prise en charge partielle du salaire.

Le congé parental est divisé en trois parties : le quota maternel, le quota paternel et la période conjointe. Pour le quota maternel et paternel, chaque parent a le même droit : 15 semaines couvertes à 100 %. La mère ne peut pas prendre le quota de 15 semaines du père. Cette interdiction contribue à valoriser le rôle parental masculin. La période conjointe concerne les semaines que les deux parents peuvent se partager. Ces quotas sont couplés pour les jeunes parents à une prise en charge des enfants en bas âge. Un droit est garanti pour chaque enfant d’avoir une place à la crèche à partir de leur an. Ce droit est respecté grâce à une mise en place de subventions et de formations supplémentaires pour les professionnelles de la petite enfance.
Ces mesures permettent à chaque parent de concilier leur vie professionnelle et personnelle et favoriser l’autonomie des femmes.
La Norvège est également un exemple quant aux salaires des professionnelles dans le sport. En effet, la fédération norvégienne de football a décidé que les footballeuses internationales gagneraient autant d’argent que les hommes pour représenter leur pays. Les Norvégiennes percevaient 3.1 millions de couronnes (soit 320 000 euros) par an, elles percevront désormais 6 millions de couronnes (soit 640 000 euros). Cette rémunération est historique et concrétise l’égalité salariale entre les footballeurs et les footballeuses.

Concernant la syndicalisation, en 2022, en moyenne 50 % des salariés norvégiens étaient syndiqués, face à 10 % en France. Ce taux varie selon le secteur du travail : dans le secteur public 80 % des fonctionnaires sont syndiqués et seulement 38 % pour le secteur privé. Les femmes sont plus souvent syndiquées que les hommes le marché de travail est fortement genré avec une majorité de femmes travaillant dans l’enseignement public, la santé et l’aide sociale. Ce taux est élevé par rapport à la France avec un taux de 9.5 %.
La Norvège : une participation à l’amélioration des droits des femmes à l’international
La Norvège est également très ancrée dans la participation des femmes au processus de paix énoncée par la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. En effet, la Norvège fait partie du réseau Nordic Women Mediators lancée à Oslo en 2015. L’objectif est de consolider et d’accroître la participation et l’influence des femmes dans le processus de paix. De plus, en 2023, la Norvège a publié un cinquième plan d’Action national et international norvégien sur les femmes, la paix et la sécurité. Ce plan définit les ambitions et les ressources pour sa mise en œuvre au niveau national et international par un soutien f ancier, un dialogue actif avec les autorités des autres Etats et une participation aux processus normatifs dans les négociations.
Ainsi, la Norvège participe également à l’amélioration de la place des femmes à un niveau international.
Mais des manques à combler

Bien que la Norvège soit un État en avance dans beaucoup de domaines, il reste des obstacles clairs aux droits des femmes.
Par exemple, la loi sur l’indemnisation des victimes d’infractions violentes accorde une indemnisation seulement s’il existe une décision de justice dans le cadre d’une procédure pénale contre l’auteur. Cet accès est donc devenu difficile pour certaines victimes, en particulier dû au temps de traitement des affaires.
De plus, entre 2019 et 2021, entre 68 et 78% des affaires de viols signalées à la police n’ont jamais été portées devant les tribunaux et le taux d’acquittement dans les affaires de viol sont plus élevés que pour d’autres crimes. Ce taux était notamment dû l’absence de notion de consentement dans la définition de viol.
Une autre problématique est la haine en ligne. Un grand nombre de femmes sont victimes de discours de haine fondée sur le genre en ligne. Aujourd’hui, il est nécessaire d’encadrer tout ce qui est en lien avec les dérives numériques. Pourtant, le code pénal norvégien ne contient aujourd’hui aucune définition de ce discours en ligne fondé sur le genre.

Dans la vie politique, seulement trois des neuf grands partis politiques de la Norvège sont dirigés par des femmes. Cet écart démontre que l’égalité n’est pas encore établie dans tous les domaines. Les postes à direction restent à majorité dirigés par les hommes.
Même s’il existe certains obstacles, la Norvège reste novatrice dans un grand nombre de domaines. Ces lois, les figures emblématiques norvégiennes comme Lilly Bølviken, la première femme à la tête de la Cour suprême de Justice en 1968 et la succession des luttes sociales ont permis à la Norvège d’obtenir ce statut de pionnière en matière de droits des femmes.
Les pays nordiques comprenant la Suède, la Finlande, le Danemark, l’Islande et la Norvège se distinguent concernant l’égalité des sexes. Ces Etats sont des exemples à suivre avec une mise en place de politiques progressives dans les domaines professionnels, de la politique et sociétale.
En savoir plus
Norvège : toujours plus de quotas pour plus de parité
Isabelle Mourgere avec AFP
TV5 Monde, 21 juin 2023
La Norvège veut étendre l’obligation de parité à quelque 20 000 entreprises d’ici 2028
France Info, 19 juin 2023
Examen de la Norvège au CEDAW : la bonne réputation du pays s’accompagne d’une grande responsabilité, s’agissant notamment de la participation des femmes dans la vie publique et politique, est-il souligné
Nations Unies, 10 février 2023
Audio. Série : #MeToo, cinq ans… et après ? – Épisode 2/4 · Pays scandinaves : à l’heure de l’examen de conscience
Culture Monde, France Culture, 4 octobre 2022, 57′
« L’Arctique est ma maison », une conversation avec la Présidente du Parlement sami de Norvège
Émilie Canova, Pauline Pic Trad. Chloé Peyronnet
Le Grand Continent, 8 mai 2019
Vidéo. Égalité hommes-femmes au travail, le modèle norvégien
France 24, 25 avril 2019, 4’58
Comment atteindre plus d’égalité entre hommes et femmes en Europe ?
Rawane Yasser, Assistante de recherche sur la Chaire pour l’Entrepreneuriat des femmes, Sciences Po
The Conversation, 17 avril 2019
Égalité femmes-hommes : une leçon norvégienne
Ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, 1er mars 2018
Norvège : l’égalité homme femme, plus payante que le pétrole
Bruno Fortin
Science.Presse, 18 février 2017
Audio. Norvège : meilleur élève en matière de parité homme-femme
Ailleurs, France Inter, 5 décembre 2013, 3′
Audio. Les femmes scandinaves
Les femmes, toute une histoire, France Inter, 11 décembre 2011, 54′
Du mouvement au gouvernement : l’intégration politique des femmes en Norvège
Hege Skjeie, Nicole Décuré
Bulletin de l’ANEF, 1994, Actes des Journées de l’ANEF, 1, pp. 7-13


