Pourquoi devient-on raciste ? Les réponses de la science dans une expo

On ne naît pas raciste, on le devient. Mais pourquoi et comment ? « Nous et les autres », une exposition au Musée de l’homme, à Paris, démonte les mécanismes des préjugés au racisme. Tout sauf une leçon de morale mais des réponses apportées par les sciences.

EXPÉRIENCE n°1.

Dans le wagon de ce métro, vous imaginez quels peuvent bien être la profession et le lieu de résidence des voyageurs. Lui, avec son blouson en cuir et son jean est sûrement un ouvrier. Elle, en talons et pantalon tailleur, est cadre assurément. Cette autre voisine, robe fleurie et chapeau de paille, a tout d’une bobo. Cette jeune femme noire est forcément nounou et lui, d’origine maghrébine, un jeune de banlieue, sans emploi… sans doute musulman. Il est en fait enseignant et surtout passionné de musique.

EXPÉRIENCE n°2.

Dans le hall d’un aéroport maintenant, vous devez embarquer mais il ne reste plus que dix places. C’est à vous qu’il revient de choisir qui va monter parmi les personnes présentes dans deux files d’attente. Naturellement, vous allez favoriser votre groupe, quelles que soient les personnes présentes.

Chacun de nous catégorise, classe les personnes dans des groupes : hommes-femmes, jeunes-vieux, blonds-bruns… Noirs-Blancs, la file d’attente 1 ou 2. Catégoriser ne fait pas de nous quelqu’un de raciste, «  c’est naturel  », rassure Evelyne-Heyer, du Museum national d’Histoire naturelle, l’une des commissaires de l’exposition « Nous et les autres ».

1 125 actes racistes recensés en France en 2016 par la Commission nationale consultative des droits de l’homme. C’est nettement moins qu’en 2015. L’indice de tolérance a augmenté dans la population française.

Ce qui ne l’est pas en revanche, ce sont les effets que peut avoir la catégorisation. «  Par exemple, j ’aime dire que je suis française, image Evelyne Heyer. Mais si, parce que je suis française, je dénigre mon voisin allemand ou anglais, alors ce n’est plus anodin.  » Une hiérarchisation s’installe entre les individus, sans aucun fondement.

Ceci est d’autant plus délétère que «  nous avons tendance à nous conformer à ce que l’on attend de nous. C’est ce qu’on appelle l’autoprophétie réaliste, poursuit Evelyne Heyer. Dans un contexte où les Noirs vont réussir moins bien, ceux-ci vont intégrer qu’ils sont moins forts scolairement et se mettre en situation d’échec.  » Et renforcer les préjugés qui peuvent exister à leur encontre.

Une expérience a ainsi été menée avec des petits garçons et des petits filles à qui l’on a demandé de reproduire un dessin complexe. Les filles réussissent alors aussi bien que les garçons. Mais si ce dessin leur est présenté comme une figure géométrique, elles vont moins bien réussir : «  Elles ont intégré qu’elles étaient moins bonnes que les garçons en maths, bien que ce soit faux.  »

EXPÉRIENCE 3.

Vous passez le portique de sécurité de la salle d’attente de l’aéroport de l’exposition. Une voix assène : «  T’es un voleur.  » Vous voilà catalogué. C’est le résultat de la catégorisation et la hiérarchisation poussée à l’extrême  : l’essentialisation, «  elle réduit l’autre à un seul élément  », alors que notre identité est plurielle.