Ce qu’ils pensent quand on leur demande : « mais d’où tu viens vraiment ? »

Quand tu vas au Sénégal, ça se passe comment ?
En Afrique, quand tu viens d’Occident, t’es aussi étranger. Même quand tu parles la même langue qu’eux, t’es un blanc. Moi ils m’appellent « le parisien ». Mais là-bas, ils ne t’en veulent pas d’être étranger, ils sont très ouverts et respectueux des autres. Leur approche de l’altérité et tout à fait différente de celle en France. Tu dois le respect à l’autre.

C’est comment d’être jeune en France ?
J’ai eu la chance de grandir dans l’est de Paris où le racisme se fait rattraper par la mixité des quartiers. Je sens parfois la différence quand je bouge dans paris ou quand je vais ailleurs en France parfois. Ça dépend où, mais il arrive que le racisme ne soit pas le même.

Tu penses que la France est un pays à tendance raciste ?
Je ne sais pas. Une partie oui, mais il y a des cons partout, dans tous les pays. Il faut les accepter, pour pouvoir les dépasser et être solidaires. Montrer que ce n’est pas que ça la France.

Que penses-tu de la vision assimilationniste et identitaire de la France ?
Ici, on a du mal à envisager la différence comme une richesse. C’est ça qui fait le racisme. On fustige ces écarts. Il n’y a qu’à regarder le passé pour se rendre compte que ce sont ces différences qui ont écrit l’histoire.

Tu te sens souvent discriminé ?
Oui souvent, mais je préfère ne pas y faire attention. Ce n’est pas seulement ma couleur de peau, c’est aussi mon look qui dérange. Le racisme est une forme d’intolérance et il en existe plein d’autres. Sur le moment je réalise rarement, je refoule directement. Puis j’ai une haine qui monte en moi. Puis j’en parle, je partage et ça finit par passer parce que je me concentre sur les bonnes personnes qui m’entourent et je me dis que les racistes sont minoritaires.

Tu as un rêve ?
J’aimerais pouvoir partager tout ce que je peux avec les autres. Le plus possible pour montrer tout ce qu’on peut faire en échangeant et ainsi faire regretter aux racistes leur réticence face à l’altérité.

Comment appréhendes-tu les prochaines élections ?
Je suis anxieux. Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer, je sais juste que ça peut être catastrophique. Macron et Le pen au second tour c’est l’horreur dans les deux cas. Même si c’est à des degrés différents. Je rêve que Mélenchon passe. Ça nous ferait beaucoup de bien à tous.