«Le nombre de femmes saoudiennes qui ne portent pas de voile augmente à vue d’œil»

La suppression de cette police religieuse, en tout cas son musèlement complet, est la clef de tout.
Je vous jure: on ne les voit plus. Et comme dans beaucoup d’autres régimes, quand la contrainte disparait, les libertés se reprennent. La suppression de cette police religieuse, en tout cas son musèlement complet, est la clef de tout.

Ensuite, il y a eu la possibilité de conduire pour les femmes. On parle d’un pays où les transports en commun sont quasi inexistants et où marcher à pied est souvent un calvaire à cause de la chaleur. Cela a changé la donne et s’est doublé d’autres aménagements comme l’autorisation pour les femmes de quitter le pays, de travailler sans l’autorisation d’aucun homme. Et plus récemment, une loi sur l’habillement ne mentionne plus du tout une obligation de porter un voile ou une abaya mais simplement de s’habiller décemment en précisant que c’est valable pour les femmes comme pour les hommes. Et ça se voit: j’ai été surpris à Riyad cette année par le nombre de femmes saoudiennes qui ne portaient tout simplement pas de voile. Ce n’est pas une majorité, mais cela augmente à vue d’œil.

Mais ce qui a justifié ce livre, ce ne sont pas les réformes, mais l’accès de plus en plus de femmes au monde du travail: le pétrole ne rapporte plus autant qu’avant et pour vivre, les femmes doivent travailler! Elles se retrouvent donc dans des postes d’encadrement intermédiaire où elles doivent encadrer ou travailler avec des hommes qu’elles n’avaient même pas le droit de rencontrer quelques années plus tôt!

Les femmes saoudiennes que vous avez interrogées sont-elles toutes conscientes de ces transformations sociales? Se voient-elles comme les actrices directes de ce changement?

Elles en sont conscientes. Pour des raisons sans doute politiques, les femme dans le Golfe sont mises en avant par les autorités et elles se saisissent des libertés qui leur sont offertes. Mais elles vont plus loin. J’ai démontré qu’en fait, elles jouaient un rôle de «micro-modèles» dans leur entourage, important ces nouvelles libertés acquises dans le cadre professionnel.

La société se modernise « par le bas », en douceur
Ce mécanisme d’importation est parfois conflictuel, notamment avec le père, mais dans les récits qui m’ont été faits, il est toujours question d’évolution des parents, puis de l’entourage qui accepte, admire puis promeut cette liberté.

Evidemment, ça n’est pas pareil partout, il y a des contre exemples, mais la société se modernise «par le bas», en douceur, dans ce que j’appelle un «non-mouvement social». Dans un pays où la société civile est embryonnaire et où l’expression politique est limitée, c’est sans doute le meilleur moyen d’évoluer.