Iran: Qui sont les femmes qui bravent l’obligation de porter le voile en public ?

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Malgré ces risques, « elles ont été des dizaines de milliers à descendre dans la rue pour manifester contre la dictature qui était en train de s’installer. Leur slogan était alors ‘On n’a pas fait la Révolution pour revenir en arrière’», rappelle Irène Ansari, coordinatrice de la Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie (LFID). Année zéro, film réalisé par une équipe du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) présente en Iran à cette époque, retrace d’ailleurs le début de ce combat qui a évolué au fil du temps.

« My Stealthy Freedom »

« Au milieu des années 1990, les femmes ont commencé à “mal porter” le voile, dans la capitale, mais aussi dans les villes moyennes », poursuit Azadeh Kian, professeure de sociologie à l’université Paris-Diderot et directrice du Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes (Cedref). Le hijab est devenu plus clair, coloré, laissant dépasser des mèches de cheveux. Au volant, il était même inexistant, les conductrices justifiant que leur voiture était un espace privé.

Depuis 2014, le groupe Facebook « My Stealthy Freedom » (« Ma liberté furtive »), créé par Masih Alinejad, journaliste féministe exilée aux Etats-Unis, draine des centaines des centaines de photos de femmes dévoilant leurs cheveux dans l’espace public. La page, likée par plus d’un million d’internautes, relaie plusieurs vidéos réalisées ces jours-ci dans plusieurs villes d’Iran.

Un tournant dans la lutte contre les discriminations ?

Pour Azadeh Kian, « le débat sur l’échec de la République islamique à imposer le voile est récurrent en Iran ». Même si, « dans un contexte de répression généralisée, et une culture misogyne nourrie par la charia, il est difficile pour les femmes de protester de façon collective, la contestation actuelle pourrait marquer un tournant dans leur lutte contre les discriminations dont elles sont victimes », estime Irène Ansari.

Et de préciser que les violences qu’elles subissent ne se limitent pas à la seule obligation du port du voile : en Iran, selon le Code pénal, le témoignage d’une femme vaut pour moitié de celui d’un homme, l’âge minimum du mariage est fixé à 13 ans, le marché du travail ne compte que 17 % de femmes, la sortie du pays ne peut se faire qu’avec la compagnie de son mari…

Irène Ansari se dit donc convaincue que le mouvement, baptisé Les Filles de la Révolution, ne va pas s’arrêter là. Les récentes réformes opérées en Arabie Saoudite, « l’ennemi sunnite » de Téhéran, pourrait l’attiser. Reste à savoir quelle stratégie l’Etat dirigé par le conservateur modéré Hassan Rohani adoptera. « Le voile est un symbole, mais les Iraniennes et les Iraniens veulent plus qu’un assouplissement supplémentaire de loi. Ce qu’ils réclament, c’est tout simplement la séparation de l’Etat et de la religion, point barre. »