Des Français farouchement laïques, fracture chez ceux de confession musulmane : les résultats d’un sondage exclusif

Pour le Comité Laïcité République, l’Ifop a mené une enquête sur l’adhésion à la laïcité, le rapport au religieux et la lutte contre l’islamisme auprès d’un échantillon de 2.000 Français et d’un autre de 500 Français de confession musulmane. Marianne en dévoile les résultats en exclusivité.

article par Hadrien Mathoux publié sur le site marianne.net, le 05 11 2020

À contexte particulier, méthodologie exceptionnelle. L’institut d’opinion Ifop a mené pour la deuxième année consécutive une étude pour le Comité Laïcité République (CLR), qui remet ce jeudi 5 novembre son prix annuel de la laïcité. La publication de ce sondage s’inscrit dans un contexte lourd et particulier, puisque la France a été endeuillée ces dernières semaines par une série d’attentats islamistes, alors que le gouvernement s’apprête à faire voter un « projet de loi visant à renforcer la laïcité ».

Liberté d’expression, place du religieux dans l’espace public, islam et islamisme : ces sujets brûlants sont au cœur des débats. Pour mesurer au mieux l’état de l’opinion, l’Ifop a mobilisé deux échantillons distincts : l’un, de 2.034 personnes, représentatif de la population française, interrogé fin octobre ; l’autre, composé de 515 citoyens de confession musulmane interrogés en août, un choix que les sondeurs justifient par l’intérêt « d’obtenir des données fiables sur une catégorie de la population dont l’avis est central dans une étude abordant notamment les manifestations de religiosité dans l’espace public ou la lutte contre l’islamisme. »

FRACTURE SUR LA LOI DE 2004 SUR LES SIGNES RELIGIEUX

Ce sondage livre une série d’enseignements éclairants, parfois revigorants, d’autres fois alarmants. S’agissant des principales lois laïques, force est de constater qu’elles sont massivement approuvées par la population : la loi de 1905 trouve 88 % de sondés favorables, celle de 2004 (interdisant les signes religieux à l’école publique) 85 %, et celle de 2010 (interdisant le port du voile intégral) 88 %. Les musulmans, plus sceptiques, sont majoritairement opposés (56 %) à la loi de 2004, souvent accusée d’être “islamophobe“ par les activistes islamistes et leurs alliés objectifs. Une dichotomie qui sera plus spectaculaire sur d’autres thèmes. S’ils sont 87 % à approuver la loi de 1905, 37 % déclarent vouloir en assouplir certains aspects. Les récentes propositions émanant de la droite ont également été testées par l’Ifop, et recueillent l’assentiment d’une large majorité de sondés, comme l’instauration de cours sur les valeurs de la République et la laïcité qui seraient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet des collèges (82 % d’approbation) ou la mise en place d’une épreuve de laïcité pour les candidats à un concours d’enseignant (81 %).

S’éloignant des seuls aspects juridiques, l’Ifop a cherché à mesurer la perception qu’ont les Français de la laïcité. Leur évolution est spectaculaire : 26 % estiment ainsi que la laïcité, « c’est avant tout faire reculer l’influence des religions dans notre société », un chiffre en progression de 17 points depuis 2005 ! Est-ce une réaction aux récents attentats qui ont marqué l’actualité ? Les données tendent à montrer qu’il s’agit au contraire d’une tendance de fond« Le partage entre les conceptions “offensives” et “minimalistes” de la laïcité est aujourd’hui relativement figé dans l’opinion », constate François Kraus, directeur du pôle politique et actualité à l’Ifop. « Il n’en a donc pas moins beaucoup évolué au profit de l’idée selon laquelle la laïcité doit être associée à un combat culturel visant à réduire l’influence des religions dans la société et le poids des appartenances religieuses. »

D’après le sondeur, cette évolution durable de l’opinion trouve son origine dans « l’affirmation d’une religion exogène (l’islam) dont les manifestations suscitent de plus en plus de malaise, notamment avec la défense d’un symbole sexiste comme le voile. Il faut probablement y voir une réaction de la population majoritaire face à la “réislamisation” des Français d’origine maghrébine, une volonté de lutter contre des manifestations publiques de religiosité qu’on ne voyait pas dans les années 80. » Ainsi, seuls 19 % des Français interrogés, contre 32 % en 2015, considèrent que la laïcité consiste avant tout à « mettre toutes les religions sur un pied d’égalité », une proportion qui atteint tout de même 30 % chez les musulmans et 41 % chez ceux qui ont moins de 25 ans. Enfin, plus classiquement, 27 % estiment que la laïcité, c’est avant tout « séparer les religions et la politique », et 23 % qu’elle assure en priorité « la liberté de conscience. »

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