De l’appli au tatami, le combat de Dioully Oumar Diallo pour protéger les femmes mauritaniennes

L’ingénieure de 38 ans a créé une application mobile qui vise à sécuriser les trajets des femmes mauritaniennes, ainsi qu’une association qui leur donne des cours d’autodéfense.

article par Pierre Lepidi envoyé spécial à Nouakchott ) et publié sur le site lemonde.fr/afrique le 23 12 2020

La douceur de sa voix masque sa pugnacité. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Dioully Oumar Diallo est une guerrière. Engagée sur plusieurs fronts, cette militante se bat contre les violences faites aux femmes en Mauritanie. Une bataille qui marque le pas, estime celle qui voit « la femme mauritanienne se renfermer de plus en plus, car la société est de moins en moins tolérante ». « Avant, on en croisait beaucoup plus dans les restaurants et les espaces publics », regrette-t-elle.

Née à Nouakchott il y a trente-huit ans, Dioully Oumar Diallo a fait ses études secondaires au Sénégal, puis a obtenu un master 2 en réseaux et télécommunications à l’université de Dakar. Lorsqu’elle rentre au pays, en 2012, la capitale est frappée par une série de faits divers tragiques dans lesquels des femmes sont kidnappées, violées et parfois tuées. « Durant mes quelques années d’absence, les mentalités avaient changé. Nouakchott n’était plus la ville paisible de mon enfance. Mes petites sœurs étaient abordées ou importunées dans des taxis, j’avais peur pour elles. En 2013, c’est une mère de famille qui a été kidnappée par un chauffeur puis massacrée dans un stade. »

C’est alors que Dioully Oumar Diallo s’engage dans son combat. Elle souhaite sécuriser les déplacements des femmes et, grâce à sa formation d’ingénieure en télécoms, créée Taxi Secure, une application gratuite qui permet, depuis un téléphone portable, d’identifier un taxi grâce à sa plaque d’immatriculation, d’envoyer rapidement un message d’alerte si le chauffeur devient menaçant et enfin de géolocaliser le véhicule. Taxi Secure remporte le Prix de l’engagement associatif de l’ambassade de France puis se distingue lors d’une compétition organisée par Hadina Rimtic, un incubateur de projets technologiques et innovants en Mauritanie.

Karaté, judo, kung-fu…
Si l’idée est géniale, l’application a aussi ses limites. D’abord « parce qu’elle n’est disponible que sur smartphone, or les jeunes femmes mauritaniennes n’ont pas toujours les moyens de s’en offrir un », reconnaît Dioully Oumar Diallo : « En plus, il faut du crédit pour envoyer le message d’alerte et un bon réseau pour activer la géolocalisation, ce qui n’est pas toujours le cas ici. » L’ingénieure estime alors que son application ne peut suffire pour lutter contre ces violences qui se multiplient au fil des ans. Une nuit, c’est une de ses sœurs qui est victime à son domicile d’une agression ultraviolente au cours de laquelle un homme armé tente de la violer.