Autriche. Un immigré rachète son foyer d’accueil pour aider à son tour

Sukhdeep Singh est arrivé seul en Autriche au début des années 2000. Placé en foyer d’accueil, il a pu suivre des études et devenir chef de projet chez Siemens. Il vient de racheter l’immeuble où il était hébergé pour y accueillir d’autres réfugiés.

Article par AFP et Denise Hruby publié sur le site ouest-france.fr, le 21 02 2021

La peinture est encore fraîche mais Sukhdeep Singh, fier propriétaire des lieux, imagine déjà les familles de réfugiés prendre place dans cet ancien foyer d’accueil du sud de Vienne, où il a lui-même passé ses premières années de vie en Europe.
Il avait débarqué là de son Inde natale, alors qu’il n’était qu’un adolescent. Désormais chef de projet au sein du groupe allemand Siemens et père de trois enfants, il a décidé de sauver l’immeuble des promoteurs immobiliers.

Je ne voulais pas qu’il soit repris par une personne sans aucun lien avec la maison et son histoire, explique à l’AFP le trentenaire, barbe taillée et grands yeux clairs.

Bienveillance et persévérance
Sukhdeep Singh s’est donc lancé dans un projet unique : rénover les 16 appartements, dont quatre seront mis à disposition de réfugiés – qui n’auront pas de loyer à payer.

Les fils électriques courent encore dans les escaliers et la ponceuse est reine, mais quand tout sera fini en mars, des familles pourront venir s’installer, tandis que le reste du lot sera loué au prix du marché pour rembourser le crédit.

Arrivé seul de la région du Punjab en 2003 après un éprouvant voyage à travers la Russie et l’Europe centrale, le jeune homme a trouvé refuge dans cet immeuble sans cachet, situé dans une zone industrielle.

“Pour être honnête, ma première impression du bâtiment a été terrible”, se souvient-il.

Au dernier étage, il montre la petite pièce où il a vécu six années. Là il y avait mon lit, et ici c’était le deuxième couchage, dit-il en désignant le coin de la pièce où habitait un adolescent afghan. En dépit de ce cadre de prime abord peu avenant, Sukhdeep Singh s’est attaché aux lieux, qu’il a associés au fil du temps à un esprit de bienveillance et de persévérance.

Mémoires d’exil
Le foyer d’accueil  hébergeais alors une cinquantaine de mineurs non accompagnés venus d’Afrique, de Moyen-Orient et d’Asie.
L’adolescent y a joué au foot, a tissé des liens, a appris la culture locale et l’allemand auprès des travailleurs sociaux, enseignants et psychologues. Traité avec respect, il a pu intégrer le système scolaire autrichien, un parcours couronné d’un diplôme universitaire. C’est aussi là qu’il a rencontré un acteur et écrivain juif, aujourd’hui décédé.