Twitter supprime par erreur une parodie de compte jihadiste

Les suspensions de comptes sur les réseaux sociaux touchent parfois, par erreur, les internautes qui combattent Daech. Le président voudrait leur créer un statut spécial.

Le combat contre Daech ne se joue pas uniquement sur les champs de bataille. Mercredi 14 juin, Emmanuel Macron et Theresa May ont détaillé un texte visant à “lutter contre le terrorisme sur internet“. Sans citer Facebook, Twitter ou Google mais en les visant clairement, les deux chefs d’État ont appelé à instaurer des outils pour censurer automatiquement les contenus diffusés par les terroristes sur les réseaux sociaux.

Plus étonnant, le texte vise aussi à “mieux protéger les acteurs de la société civile qui tiennent des contre-discours, et notamment les comptes parodiques”. En clair? Protéger les internautes-citoyens qui attaquent la propagande de l’organisation État islamique sur les réseaux sociaux, en la détournant de façon humoristique, en démontant chaque mensonge, mais aussi en traquant et en dénonçant les anonymes qui se cachent derrière ces comptes.
La branche française de Ctrl Sec a eu vent de la suspension d'Abou Zilleur et a participé à la campagne de protestation.

Si le texte était adopté, ils pourraient alors bénéficier d’une certification sur les réseaux sociaux et être inscrits sur une “liste blanche”. Une protection qui leur éviterait d’être censurés à tort par les outils de détection automatiques.

Twitter ne fait plus rire les clowns anti-Daech

La mesure, qui pourrait paraître anecdotique, répond pourtant à un problème bien réel. Car sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare que ceux qui informent et luttent contre l’organisation État islamique, des parodiques aux analystes, soient censurés “par erreur”. Le cas d’Abou Zilleur, un “compte historique” de la Katiba des Narvalos, l’un des principaux groupes parodiques français, est emblématique.

Suspendu “dans la nuit du 5 au 6 mai dernier”, il n’a toujours pas été rétabli à ce jour. Une décision “abusive et non justifiée” qui révèle les problèmes de modération sur le réseau social, dénoncent les membres du groupe contactés par L’Express.

“La suspension, ce sont des archives, je pense intéressantes, qui sont perdues. C’est tout un travail de deux ans qui a disparu [tous lestextes, photos, vidéos, du compte sont en effet supprimés par le réseau social]“, déplore Abou Zilleur. Cet internaute engagé a créé son compte “en 2015, après les attentats de Charlie Hebdo, à une époque où les discours djihadistes sur Twitter et Facebook pullulaient et où Stop Djihadisme [le compte officiel anti-propagande du gouvernement] n’existait pas encore”.

“Un compte sérieux et utile bousillé en un clic”

Parmi ces archives, des tweets humoristiques mais surtout du “contre-discours face à la propagande djihadistes”, précise-t-il, “des messages pouvant être réutilisés [retweetés] pour lutter contre l’argumentaire de Daech”, abonde un autre membre du groupe. Bref “c’était un compte sérieux et utile bousillé en un clic.”

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