Yahya Cholil Staquf : « trop de musulmans voient la civilisation comme quelque chose qu’il faut combattre »

Que doit faire l’Occident ?

L’Occident ne peut imposer d’interprétation modérée de l’islam à l’Occident, cela ne fonctionnerait pas. Mais les politiques occidentaux peuvent agir. Il faut qu’ils cessent de prétendre que le fondamentalisme et la violence n’ont rien à voir avec l’islam traditionnel. C’est tout simplement faux.

Les politiques occidentaux qui prétendent cela ont au moins une bonne raison de le faire: ils ne veulent pas creuser encore un peu plus l’écart entre musulmans et non-musulmans et ne veulent pas aviver le racisme contre les musulmans.

Je partage ce souhait. C’est même pour cela que je m’exprime aussi clairement. Mais si l’on nie le problème, on ne peut pas le résoudre. Il faut nommer le problème, et dire qui en est responsable.

Nous avons déjà parlé de la part de la tradition islamique dans la problématique actuelle. Mais qui sont les acteurs qui ont fait en sorte que le problème se soit aggravé ces dernières années ?

Ce qui joue un rôle aussi, c’est que depuis des décennies l’Arabie saoudite, et d’autres États du Golfe, distribuent énormément d’argent pour diffuser leur version ultraconservatrice de l’islam. L’Occident doit enfin mettre sérieusement la pression sur l’Arabie saoudite pour y mettre fin.

Quel objectif l’Arabie saoudite souhaite-t-elle atteindre?

Il y a certainement des objectifs politiques en jeu. L’Arabie saoudite et l’Iran veulent tous deux être dominants, sur le plan géopolitique et religieux. L’Iran est chiite. C’est pourquoi il est politiquement utile de souligner que les chiites sont des incroyants. Si ensuite on déclare que tous les incroyants sont des ennemis à abattre par tous les moyens, il n’est pas étonnant que les chiites n’en restent pas là. Inversement, l’Iran fait d’ailleurs à peu près la même chose que les Saoudiens dans le monde chiite. Mais même si la poursuite de l’hégémonie de l’Iran est inquiétante, c’est la stratégie saoudienne de diffuser le wahhabisme et le salafisme qui a transformé le monde en poudrière.

Pensez-vous pouvoir inverser la vapeur?

Nous avons connu des temps meilleurs. (sourire triste) Mais nous devons au moins essayer.

Je suppose que vous et votre organisation êtes des interlocuteurs très demandés dans un Occident en proie au terrorisme ?

Vous savez, j’admire les politiques occidentaux et en particulier européens. Ils pensent de façon si magnifiquement humaine, mais cela ne suffit pas. Nous vivons une époque où nous devons penser et agir de façon réaliste.

Voilà une réponse diplomatique.

L’Europe n’a toujours pas tiré d’enseignements de ses erreurs. Récemment, j’étais à Bruxelles et j’y ai vu un groupe de jeunes arabes – peut-être nord-africains aussi, menacer des policiers. Mes amis belges me disent que c’est courant en Belgique. Pourquoi les laisse-t-on faire ? Quelle impression cela produit-il ? Aujourd’hui, l’Europe, l’Allemagne accueille massivement les réfugiés. Ne me comprenez pas mal, il est évident qu’on ne peut pas fermer les yeux face aux gens dans le besoin. Mais on accueille des réfugiés dont on ne sait rien, et qui viennent de régions très problématiques. Les extrémistes ne sont pas bêtes.