Témoignage : « Sorti de la rue, mon père est mon modèle »

Petit, je comprenais pas pourquoi mon père dormait dans un garage. Maintenant que je suis adulte, il m’a tout raconté.

article publié sur le site positiv.fr le 30 01 2020

En 2012, mon père a perdu son travail et il s’est retrouvé à la rue sans argent et sans toit. Il était divorcé depuis quelques années de ma mère, mais ils avaient gardé un bon contact. Alors elle a décidé de l’aider et de l’héberger dans notre garage au Blanc-Mesnil pendant un an. À 8 ans, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Pourquoi il était avec « nous », alors qu’avant il habitait loin. Enfin pas vraiment avec nous, mais à côté.

C’était une période difficile dans ma vie : voir son père ramasser des mégots pour les fumer, je le souhaite à personne.

Un an plus tard, ma mère s’est faite opérer et est restée deux ou trois mois à l’hôpital. Je suis resté avec ma tante, qui est venue vivre avec moi pendant cette période. Je ne pouvais pas voir ma mère souvent. Elle était dans une partie de l’hôpital accessible à partir de 16 ans. Mais les médecins fermaient l’œil, je pense qu’ils comprenaient un peu le décor. Ma mère est enfin sortie, mais pendant quelques semaines, elle n’a pas pu travailler. Le temps de se remettre de son opération. Elle devait limiter un maximum ses déplacements.
Je voyais ma mère fatiguée. Je n’avais que 9 ans et je me débrouillais presque seul. Je me faisais à manger seul, faisais mes devoirs seul, rangeais la maison, faisais toutes les tâches ménagères, devais sortir le chien le matin et le soir. J’ai souffert de cette situation. Ça me rendait triste. Mais j’ai appris à être autonome, et ça m’aide aujourd’hui pour beaucoup de choses.

Deux mois après son retour à la maison, ma mère a repris le travail et moi, j’ai rattrapé le temps perdu avec elle. J’étais toujours un peu perturbé par la situation de mon père, mais je ne pouvais rien y faire. Quand j’ai vu qu’elle allait de nouveau au travail, ça m’a fait du bien. Je me sentais mieux. Elle pouvait reprendre son rôle de « mère ». Je rentrais de l’école avec le sourire, j’étais content de voir que ma mère pouvait s’occuper de moi.

Après toutes ces galères, il a remonté la pente
Mon père, lui, cherchait toujours du travail. Il avait énormément de qualifications en électricité. Il a réussi à avoir un entretien pour un poste de gardien dans une maison d’enfants à Neuilly-sur-Seine. Il y avait trois autres personnes. Il n’a pas eu le poste. Quelques jours après, la fondation l’a rappelé pour lui demander de revenir, car une place s’était libérée. Il a donc obtenu un travail à l’autre bout de Paris. Il a trouvé un petit studio à Asnières-sur-Seine, dans une cité. J’ai enfin pu aller chez lui le week-end. Il a remboursé toutes ses dettes et a enfin pu commencer à vivre tranquillement sous un toit, au chaud, avec un frigo plein. Une vie normale et tranquille. Le temps passait, je grandissais.