Devenir français : tout ce qui change en 2026

L’année 2026 marque un tournant pour l’accès à la naturalisation en France. En effet, des changements majeurs sont entrés en vigueur en ce début d’année : les prix des timbres fiscaux ont augmenté, le niveau linguistique a été réhaussé au B2 (contre le B1 précédemment) et un nouveau test est devenu obligatoire : celui de l’examen civique. On vous explique.

 

Les chiffres clés de la naturalisation

2022 2023 2024 2025
Par décret 60 556 40 064 48 829 42 246
Dont enfants 15 643 9 697 11 295 9 196
Par déclaration 51 411 55 105 52 680 19 989 (temporaire)
Par mariage 16 465 19 455 15 910 17 579
Dont enfants 504 534 479 497
Ascendants et fratries 1 690 2 121 2 006 2 410
Dont enfants 168 125 127
Déclaration anticipée (13-17 ans) 32 020 32 533 33 727 ?
Autres déclarations 1 236 996 1 037 ?
Acquisitions sans formalités 2 516 2 119 2 152 ?
Totaux 114 483 97 288 103 661 62 235 (temporaire)

 

Les chiffres pour l’année 2025 n’ont pas fini d’être publié.

On constate globalement une baisse des naturalisations depuis 2022 avec une baisse plus importante en 2023 expliquée par le changement de la procédure qui a été complètement dématérialisée. La circulaire du 2 mai 2025 vient encore durcir les conditions d’octroi de la naturalisation par décret, et ce alors que la France naturalise déjà moins que la moyenne des pays européens. En effet, en Europe en 2024, le taux moyen de naturalisé au regard de la population totale est de 0,24 % contre 0,14 % en France.

L’examen civique c’est quoi ?

Ce test, prévu sous la forme d’un QCM de 40 questions, est fondé sur cinq thématiques : les principes et valeurs de la République, les institutions et la vie politique, les droits et les devoirs, l’histoire, la géographie et la culture et enfin la vie quotidienne dans la société française. Ce nouvel examen étant payant, il rajoute de facto des frais à une demande de naturalisation. À noter l’initiative de France Fraternités de proposer un quiz gratuit sur le site Ensemble en France afin d’aider à préparer l’examen civique.

Il existe cependant des exemptions à l’examen civique (tout comme au test de langue). Ces exemptions ne sont pas toujours très claires et certains sites se contredisent. L’article 2 de l’arrêté du 30 décembre 2025 précise seulement que les personnes en situation de handicap ou présentant une situation de santé incompatible avec le déroulement de l’examen peuvent être exemptées. Le ministère de l’Intérieur précise aussi, sur son site, que les bénéficiaires d’une protection internationale ne sont pas concernés par cet examen civique. Il est possible que d’autres exceptions soient progressivement introduites, notamment pour les personnes âgées, les personnes pouvant produire un diplôme français ou celles pouvant justifier de quinze ans de présence en France, mais le ministère de l’Intérieur n’a pas encore communiqué à ce sujet.

L’entretien, l’une des étapes du processus de naturalisation, était déjà l’occasion de tester la bonne connaissance de ces cinq thématiques, ce qui veut dire que l’examen civique viendra faire doublon. De plus, il est possible de s’interroger sur la pertinence de certaines questions. Voici trois sélectionnées parmi les exemples disponibles sur le site de l’examen civique, auriez-vous réussi à y répondre ?

  • De quelle ville française décolle la fusée Ariane ?
  • Qui a peint les Nymphéas ?
  • Combien y-a-t-il de députés à l’Assemblée nationale ?

 

Documents Avant 2026 Depuis 2026
Test de langue 160€ 160€
Exam civique 70€
Traduction assermentés (acte de naissance, acte de mariage…) 50 à 100€ par document 50 à 100€ par document
Timbre fiscal 55€ 255€ (à partir du 1er mai 2026)
Taxe 200€ 300€ (à partir du 1er mai 2026)
Totaux 515€ 885€

 

Les couts en hausse

En plus du durcissement des tests afin d’accéder à la naturalisation française, les frais de dossier augmentent. En effet, avec l’ajout de l’examen civique et la loi de finances 2026 qui devrait entrer en vigueur le 1er mai, les frais passeront en moyenne de 515€ à 885€ par demande.

 

Les principales nationalités demandeuses

TOP 1 Top 2 Top 3 Top 4 Top 5
2022 Maroc (15,7%) Algérie (12,9%) Tunisie (7,2%) UK (3,5%) Cote d’Ivoire (3%)
2023 Maroc (15,6%) Algérie (13,1%) Tunisie (7,5%) Russie (3%) UK (3%)
2024 Maroc (14,2%) Algérie (11,8%) Tunisie (7,1%) Turc (4,8%) Cote d’Ivoire (2,8%)
2025 Maroc (15%) Algérie (13%) Tunisie (8%) Cote d’Ivoire (3%) Sénégal (3%)

Ce tableau permet de voir le pays d’origine de celles et ceux qui ont obtenu la nationalité sur les 4 dernières années. Au passage, on peut constater que le Maroc, l’Algérie et la Tunisie constituent également les trois premières communautés étrangères en France. Et incidemment, c’est dans ces 3 nationalités qu’on retrouve le plus de délivrance d’OQTF.

Conclusion 

Si l’on considère que l’accès à la nationalité française est un facteur d’intégration puissant, il est loisible de s’interroger sur l’objectif du durcissement des conditions d’accès à celle-ci.

En effet, ces changements auront pour conséquence de dissuader les gens d’essayer d’accéder à la nationalité française alors qu’ils y résident régulièrement depuis au moins une dizaine d’années pour la plupart, qu’ils y travaillent et que leur famille y est dans beaucoup de cas. La naturalisation a également des effets positifs sur l’intégration économique des étrangers selon l’économiste Jérôme Valette. Ce serait également un levier clé de l’intégration dans un sens plus large comme le suggérait le rapport du projet « Access to Citizenship and its Impact on Immigration Integration (ACIT) ». Pourquoi alors chercher à freiner l’accès à la naturalisation quand celle-ci contribue à l’intégration dans la société française.

De plus, considérant les nombreux dysfonctionnements actuels des services publics en charge d’accompagner les étrangers en France, notamment l’ANEF, l’attention portée à l’accès à la nationalité et les réformes proposées semblent inadaptées aux réalités actuelles.