Pourquoi sont-elles en prison ?
Les femmes sont essentiellement condamnées pour des faits de petite délinquance mais commis en récidive. Donc, les très courtes peines sont grandement représentées en prison pour femmes. Cependant, on observe aussi une sur-représentation des longues peines chez les femmes, conséquence de faits criminels.
Ainsi début 2026, 22% des femmes sont détenues pour homicides ou violences ayant entrainé la mort – notamment sur leur conjoint – alors que la part des homicides est de 10% parmi les hommes incarcérés.

Elles sont très fortement sur-représentées en matière d’abus de confiance (45 %), d’escroqueries (37 %) ou encore de coups et blessures sur mineur de moins de 15 ans (38 %) et de vols simples (27 %) elles sont sous-représentées en matière de vols avec des circonstances aggravantes (7 %) ou de stupéfiants (8 %).

Combien sont-elles en détention ?
Au 1er décembre 2025, 2 998 femmes sont détenues dans les prisons françaises (Hexagone et Outre-mer). La proportion de femmes détenues représente 3,5% de la population carcérale. 4064 sont écrouées. La proportion de femmes écrouées est de 3,9%. Les femmes représentent une proportion minime de cette population. Ce constat s’observe également à l’échelle européenne puisque le niveau médian européen est de 4,4%.
« Si la part des femmes dans les statistiques pénales a toujours été moindre que celle des hommes, cette différence s’est largement accentuée au cours des XVIIIe et XIXe siècles. » explique Coline Cardi. La proportion de la population carcérale féminine était à peu près de 20% vers 1850, elle est de 3,5% aujourd’hui. Comment expliquer cette baisse spectaculaire de la présence des femmes dans les statistiques pénales ? Au 19e siècle, deux délits publics, dans lesquelles elles avaient un rôle primordial, sont abolis : les émeutes de subsistance et le délit de fagots sur le domaine public. Au 20e siècle, la diminution drastique se justifie par la dépénalisation de l’avortement et celle de l’émission de chèques sans provisions. La sociologue en déduit que : « La dépénalisation de ces différents délits suppose une surveillance des femmes qui s’actualise dans d’autres sphères que la sphère pénale : il y a déplacement vers d’autres modalités de traitement et invisibilisation ».
Un traitement différencié

Alors qu’elles représentent 51 % de la population française, les femmes ne comptent que pour 17 % des personnes mises en cause dans des affaires pénales. Traitement inversement proportionnel à celui réservé aux étrangers dont le pourcentage s’élève au fur et à mesure que l’on avance dans la chaîne pénale. En 2022, Les femmes représentaient 14 % des auteurs d’infractions ayant reçu une réponse pénale et leur part n’était plus que de 10 % parmi les condamnés.
Plusieurs raisons expliquent ces écarts :
Les femmes ne commettent pas les mêmes types d’infractions que les hommes. La délinquance des femmes relève plus des atteintes aux biens et de la délinquance astucieuse, et moins des atteintes aux personnes ou de la législation sur les stupéfiants.
L’écart dans les types de peine prononcée se justifie par les infractions en général moins graves de la part des femmes, par leur situation pénale, mais aussi par leur situation sociale et familiale. En effet, de nombreuses femmes condamnées sont des mères célibataires, ce qui conduit les magistrats à privilégier des peines protectrices pour leurs enfants.
Une explication sociologique à cet écart de traitement
Coline Cardi souligne que cette plus faible délinquance des femmes a une explication sociologique. Le contrôle social des femmes est tel qu’il prévient et punit en amont leurs infractions potentielles. Colette Parent note que dès 1980, la sociologue canadienne Candace Kruttschnitt expliquait le traitement des femmes à partir de leurs caractéristiques sociales et justifiait la réaction pénale moins forte à leur égard car elles étaient déjà assujetties dans leur quotidien aux multiples contrôles reliés à la dépendance économique.
Par ailleurs, « quand on regarde les résultats des enquêtes mesurant la délinquance autodéclarée , on se rend compte que les femmes, notamment les mineures, sont quand même beaucoup plus nombreuses à déclarer des infractions que ce que l’on retrouve dans les statistiques de la délinquance enregistrée par la police » constate Coline Cardi. Ce différentiel trouve son origine dans le traitement policier qui s’avère très genré. Le délinquant est un homme. Et pour la justice, selon des modes de pensée une fois de plus très genrés, « les femmes présentent plus de gages de représentation que les hommes, notamment lorsqu’elles sont mères. Ou encore qu’elles ne sont pas forcément complètement responsables de leurs actes… » Leur délinquance va revêtir une dimension psychologique et/ou être médicalisée. « La psychiatrie est pour les femmes le pendant de l’incarcération pour les hommes ».
Néanmoins, toutes ne coupent pas à ce traitement singulier. En effet, on remarque de fortes inégalités en fonction de leur position dans la société. Les dimensions et raciale et de classe sont capitales. « Les jeunes femmes Roms sont traitées comme les garçons, voire de façon plus sévère qu’eux. » Les « mauvaises mères » transgressant la loi du genre iront en prison.
Peut-on conclure de façon définitive à une véritable inégalité de traitement des hommes et des femmes par la justice pénale, les auteurs n’étant jamais comparables en tous points ? Même si cela semble difficile, de nombreuses données se recoupent et suggèrent une certaine bienveillance des juges et des procureurs français envers les femmes. Pour autant, le faible nombre de condamnations pénales ne signifie pas qu’il n’y pas de contrôle social, mais que celui-ci s’exerce dans d’autres sphères.
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Pour en savoir plus :
Sources :
Un traitement différencié des femmes ?
Observatoire des disparités dans la justice pénale
Femmes et hommes devant la justice pénale
Infos rapides, n° 13, 19 mars 2024
Ministère de la Justice. Service de la statistique, des études et de la recherche
Auteurs selon le sexe
In Sécurité et société, Édition 2021
INSEE
Les femmes épargnées par la justice ?
Entretien avec la sociologue Coline Cardi
Observatoire international des prisons (OIP) – Section française, 28 janvier 2020
Un traitement judiciaire différent entre hommes et femmes délinquants
Faustine Büsch, Odile Timbart
Info stat justice, n° 149, 2017




