Dialogue technique avec les talibans ? C’est ce que le Quai d’Orsay affirme. Vraiment ? Réaction de Pierre Henry

Le Quai d’Orsay assure que ses échanges avec le pouvoir taliban sont « strictement techniques » et visent à renvoyer des Afghans en situation irrégulière jugés dangereux. L’annonce, faite à sept mois de la présidentielle, suscite de vives critiques.

Pour le porte-parole du quai d’Orsay, Pascal Confavreux, la ligne de la France reste la même : pas question de reconnaître les talibans, qui ont repris le pouvoir en Afghanistan à l’été 2021.

Si Paris discute avec des représentants du pouvoir à Kaboul, ce n’est que pour renvoyer les Afghans en situation irrégulière considérés comme les plus dangereux : « C’est une démarche pour assurer la sécurité des Français. Il s’agit d’un dialogue qui est strictement technique pour faciliter l’éloignement de ressortissants afghans, qui sont de manière illégale sur le territoire national et qui représentent un risque de sécurité national. Donc ce sont des gens dangereux. »

Sur les réseaux sociaux et sur RFI, Pierre Henry, président de France Fraternités, a jugé cette démarche « inopportune à plus d’un titre ». Il rappelle que :

1) On n’ouvre pas de dialogue de quelque nature que ce soit avec un régime théocratique et pratiquant un apartheid de genre et des crimes de masse à l’égard des femmes parce que ce sont des femmes.

2) La menace grave et actuelle pour la sécurité publique est une affirmation qui mérite examen au sens où il s’agit d’une trentaine de personnes qui peuvent être concernées une fois leur peine de prison effectuée. En quoi la France ne pourrait t elle les empêcher de nuire ? Comment a t-elle fait jusque-là ? 21 renvois en 2024 pour mémoire !

3) Pourquoi faire cette annonce maintenant à 7 mois de la présidentielle ? Pourquoi ouvrir une polémique violente de plus sur la question migratoire ?

4) le préfet qui signe le décret d’expulsion et fixe le pays de renvoi ne peut agir seul . C’est le juge administratif qui devra dire en cas de recours si l’on peut renvoyer un ressortissant vers un pays où sa vie est en danger, où il risque des traitements inhumains ou dégradants.

5) c’est un alignement pour le moins questionnant sur l’aspect le plus controversé de la politique du gouvernement allemand.