Privé de projection en Algérie, le film « Papicha » représentera quand même le pays aux Oscars

Le film Papicha (ce qui veut dire jeunes filles coquettes), sorti sur les écrans français le 9 octobre 2019, représentera bien l’Algérie aux Oscars, bien qu’il n’ait pas pu sortir dans son pays, s’est réjoui le coproducteur algérien du film Belkacem Hadjadj. Le film raconte l’histoire d’étudiantes dans les années 90 à Alger, qui décident de monter un défilé de mode malgré la pression des islamistes. 

article publié sur le site francetvinfo.fr, le 14 10 2019

Remarqué en mai au Festival de Cannes – accueilli par une standing ovation – dans la section Un certain regard, puis récompensé par trois prix au Festival du film francophone d’Angoulême, Papicha, magnifiquement réalisé par Mounia Meddour, raconte l’histoire de Nedjma (incarnée par Lyna Khoudri), étudiante à Alger dans les années 1990, durant la sanglante décennie noire en Algérie.

Sortie annulée en Algérie sans explication des autorités
Ce film plein de légèreté et de couleurs dans un contexte dramatique avait été choisi par le comité de sélection algérien pour représenter le pays dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Mais l’avant-première du film en Algérie prévue le 21 septembre, puis sa sortie sur les écrans (condition requise pour concourir), avaient été annulées au dernier moment et sans explication des autorités algériennes. « Le film est maintenu pour la course aux Oscars » et figure dans la liste des films représentant chaque pays, publiée par l’Académie des Oscars, a expliqué à l’AFP M. Hadjadj, qui avait déclaré récemment avoir dû « surseoir » à l’avant-première et à la sortie du film, après un appel téléphonique en ce sens du ministère de la Culture.

« Malgré l’interdiction ici en Algérie, l’Académie des Oscars a fait une entorse à son règlement pour admettre Papicha à concourir », l’équipe du film ayant fait une demande de dérogation, a indiqué le coproducteur du long-métrage, également coproduit par le ministère algérien de la Culture et qui disposait, selon M. Hadjadj, d’un visa d’exploitation.

La route vers les Oscars du meilleur film étranger est encore longue. L’Académie des Oscars doit publier en décembre une « short-list » des films en course, puis, en janvier 2020, la liste définitive des cinq films nommés.

« On parle de mon pays comme d’un pays liberticide », selon M. Hadjadj

Dans une lettre ouverte publiée mercredi 9 octobre par le quotidien algérien Liberté, M. Hadjadj a qualifié l’interdiction de sortie du film dans son pays de « mesure arbitraire » qui porte « préjudice à l’image internationale de l’Algérie ». Dans ce texte, il raconte comment le ministre de la Culture algérien est incapable d’expliquer l’interdiction du film : « Le 2 octobre dernier, le ministre de la Communication qui est également en charge du ministère de la Culture, Hassan Rabehi, est sorti de son silence, en indiquant à une chaîne de télévision privée que ‘sincèrement, je n’ai aucune réponse à vous fournir… parce que je ne suis pas au fait des raisons qui ont valu la non-projection de ce film.' »

Cette interdiction fait qu' »on parle de mon pays comme d’un pays liberticide, où il y a de la censure. Personne n’est content que l’on parle de la sorte de son pays », a expliqué le producteur à l’AFP, alors qu’un « film fait en Algérie par des Algériens » soit en course pour les Oscars, « c’est toujours positif ».

La réalisatrice du film, Mounia Meddour, a tenté d’expliquer les raisons de cette interdiction sur le plateau de Laurent Delahousse (à partir de 10’38 ») en insistant sur les thèmes de résistance et de luttes portés par le film. Quant aux Algériens, ils devront encore attendre avant de pouvoir voir ce film plein de vie et d’optimisme, à l’image de l’actualité du pays.