Naëm Bestandji : « En luttant contre l’islamisme, on lutte aussi contre l’extrême droite »

Naëm Bestandji est militant laïque et féministe. Il a travaillé de nombreuses années dans le domaine socio-culturel dans les quartiers populaires. Depuis longtemps déjà, il observe les dérives communautaristes et tire la sonnette d’alarme face à la montée de l’islamisme dans les banlieues et à l’inertie des politiques.

Propos recueillis par Ella Micheletti publiée le 14 07 2018 sur les site voixelhexagone.worspress.com 

Voix de l’Hexagone : Vous avez vu, sur le terrain, l’islam radical gagner du terrain au fil des années et la mixité et l’égalité ouvertement remises en cause. Quelles sont les raisons qui expliquent une telle indulgence coupable des politiques locaux et nationaux ?

 

Naëm Bestandji : C’est complexe dans le sens où il y a des raisons locales et pas forcément nationales. Les quartiers populaires se trouvent la plupart du temps dans des localités dirigées par des municipalités de gauche.

NB1La question de l’intégrisme religieux en France est étroitement liée aux quartiers populaires avec une forte question sociale et culturelle. Les élus locaux et aussi nationaux ont toujours eu une vision naïve de la situation en estimant que la question pouvait être résolue en réglant la question sociale. Or, déjà, régler la question sociale, ce n’est pas fait. C’est très dur. Ils ne prennent pas du tout conscience de l’ampleur du phénomène. Et il y a, je l’ai remarqué, une méconnaissance totale de ce qu’est l’intégrisme musulman. Ce ne sont pas que les politiques ; c’est la société en général qui calque sur l’intégrisme musulman ses repères catholiques et l’histoire catholique française. Ils estiment qu’on peut repérer l’intégrisme musulman de la même façon qu’on peut repérer l’intégrisme catholique. Ce que je ne cesse de dire, c’est que les repères ne sont pas les mêmes. Il y a même une sorte de complaisance vis-à-vis de l’intégrisme musulman, complaisance à la fois électoraliste et pragmatique. Électoraliste car beaucoup d’élus ont estimé que gagner des voix des musulmans leur ferait gagner des élections donc ils acceptent des concessions avec des représentants auto-proclamés des musulmans. Et qui sont les représentants auto-proclamés des musulmans ? Ce sont les intégristes. Les musulmans modérés ne s’investissent pas comme ça. Ils s’investissent en tant que citoyens mais non en tant que musulmans. Ce sont les islamistes qui représentent soi-disant les musulmans, donc les politiques négocient avec eux.

« Qui sont les représentants auto-proclamés des musulmans ? Ce sont les intégristes. Les musulmans modérés ne s’investissent pas comme ça. Ils s’investissent en tant que citoyens mais non en tant que musulmans »

L’autre aspect de la complaisance, c’est qu’il y a une naïveté sur ce qu’est l’intégrisme. On pense qu’en allant dans le sens des islamistes, en les incorporant, en acceptant par exemple les filles voilées à l’école, qu’avec le temps, elles vont enlever le voile. C’est l’inverse qui se passe, les élus n’ont pas compris que les discours républicains ne pèsent rien du tout face au discours sur l’éternité promise par Dieu selon les islamistes. Le discours religieux est beaucoup plus fort et bien supérieur à que ce que le discours républicain peut produire. Parmi les filles qui sont voilées, quasiment aucune n’a eu l’idée d’enlever son voile en étant au contact de filles qui n’en portaient pas. C’est même souvent l’inverse car les filles voilées, inconsciemment ou parfois directement avec le soutien des islamistes, vont inviter des camarades à se voiler.