Zemmour, Mennel et l’anti-France

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Traque et exorcisme

Ce n’est pas d’aujourd’hui. L’affaire Mennel me rappelle un autre exorcisme, il y a 22 ans: Mennel était-elle née, à peine?

En 1996, un jeune judoka, Djamel Bouras, juste champion olympique de judo à Atlanta, avait dédié sa victoire «aux musulmans qui souffrent dans le monde». C’étaient, notamment, les années bosniaques, et le garçon pouvait, à bon sentiment, se sentir concerné? Les autorités du judo national l’avaient tancé d’importance, transformant un champion joyeux en un arabe puni. Bouras, en vieillissant, ferait des choses plus répréhensibles. On le verrait ainsi soutenir la chaîne de télévision du Hezbollah Al Manar, interdite en France pour avoir diffusé un feuilleton antisémite. Ensuite viendrait le calme, il est devenu adulte? On peut voir dans les errances de Bouras la justification a posteriori de son humiliation. On peut penser aussi qu’au commencement était le refus, et cet islam dont il ne fallait pas parler, comme un stigmate aux yeux d’une certaine France. Au moins Bouras avait-il revendiqué, au coeur de sa victoire?

Mennel Ibtissem n’avait rien demandé, sur le plateau de «The Voice». Mais ils sont, elle et lui, les personnages d’une même histoire: celle d’un islam –revendiqué, visible, assumé, abrasif– devenu l’anti-France, que l’on traque et qui justifie toutes les brutalités. Et si les brutalisés en deviennent méchants, si sur la toile des horrifiés comparent le sort fait Mennel, cette inconnue, à l’indulgence dont ont bénéficié quelques complotistes occasionnels et célèbres, mais non musulmans, Cotillard ou Kassowitz, si alors les horrifiés et les brutalisés se mettent vraiment à nous haïr, la France, et deviennent ce que nous organisons pour eux, alors, quelle aubaine! L’anti-France se provoque et se prouve et se fabrique, dans l’obsession des imbéciles. Il faut aimer Mennel de chanter Lennon, et de ne pas renoncer, et d’être plus forte que ses bêtises passées, et que la ridicule ignominie qui la frappe: tout cela pour une chanteuse, dans un télé-crochet de la France profonde? Tout cela, exactement, et précisément parce que de la France profonde et populaire, l’islam doit être banni.

L’anti-France spirituelle, c’est bien chez Zemmour qu’il faut la chercher

Ce mot, anti-France, vient de loin. Charles Maurras l’avait inventé, pour qualifier le parti de Dreyfus et ses états confédérés –juifs, franc-maçons, protestants, métèques… Tous ceux, qui pour Maurras ne pouvaient être de France, étrangers par nature, irréductibles, menaçants. L’époque, pour les musulmans, est maurrassienne. Zemmour s’y inscrit, reparlons-en, qui n’est pas le dernier à désigner les indésirables. Il est, lui, pour ses admirateurs et dans son miroir, comment en douter, le défenseur du pays contre l’anti-France, cette dissolution perverse. C’est l’horreur de l’époque, quand Mennel est indésirable et Zemmour une variante du possible, une variante un peu radicale, excessive, mais enfin, de chez nous!