Zemmour, Mennel et l’anti-France

À LIRE AUSSI Zemmour ne défend pas le terrorisme, il espère la vraie guerre!

Et «The Voice» devint la bataille de notre identité

C’est le destin des outsiders que l’on se prend à aimer. Quand des âmes méchantes veulent récuser la belle histoire du rossignol bisontin (elle est arabe, voilée, de Besançon), ils explorent son passé numérique et, bonne pioche, trouvent ce qu’ils cherchaient, quelle bonne nouvelle affreuse, que le massacre commence. Elle a donc, au moment de Nice, au lieu de compatir, commenté le massacre d’une ironie malsaine, et a tweeté son doute sur ces terroristes qui prennent leurs papiers sur eux avant de commettre «un sale coup», et ponctué ses doutes d’un hashtag piteux, #PrenezNousPourDesCons. Elle a, aussi, affiché ses dilections pour Tariq Ramadan et autres personnages de l’islamisme médiatique. Elle a, enfin, chanté des mélopées coraniques, sur sa chaîne YouTube, et aussi un hymne à la Palestine?

La voilà campée, ceinte de tous les stigmates. Elle nous a trompé en nous séduisant, on l’avait adopté en dépit du foulard, elle paye alors, puisqu’à son indécence s’ajoute la dissimulation. Elle ne l’avait pas dit, qu’elle croyait au complot, quand elle chantait pour nous? Les plus acharnés, sur Internet, la décrivent comme un agent double, une taupe islamiste qui allait subvertir la variété française! «The Voice» devient la bataille même de notre identité, et la meute réclame son éviction de l’émission. TF1 s’interroge. Mennel se défend, en reculades numériques, et puis renonce, et dans la nuit de jeudi à vendredi, et poste sur Facebook son message final.

 

Elle s’est humiliée, les jours précédent, en nettoyant ses comptes internet pour échapper à la meute, et a retiré quelques belles chansons, trop musulmanes, trop arabes, qui pourraient exciter la meute. C’est une défaite pire encore, et tout ceci fut vain.

Mennel admet son éviction à peine minuit passée, le 8 février. Le même jour, le Figaro Magazine paraît, avec une nouvelle production de Monsieur Zemmour, qui cette fois félicite le gouvernement polonais (nationaliste, sectaire, réactionnaire, briseur du droit des femmes, bafoueur de constitution, vilipendé par tous les démocrates d’Europe) pour sa dernière invention: interdire l’emploi du mot «camp de concentration polonais», précision géographique qui rappellerait que la Pologne aussi fut antisémite, avant que Hitler n’extermine ses juifs. Interdire un mot est le hobby des dictatures. Zemmour adore. La Pologne, explique-t-il, défend son identité et forge par la loi sa légende, ce que les Français n’osent faire. Cet homme est curieux dans ses enthousiasmes; il est, juif, défenseur en France de Pétain, et en Pologne d’une normalisation de l’histoire, qui fait bon marché de décennies de pogromes. Il trouvait aussi, la semaine précédente, que l’État d’Israël (démocratie imparfaite et mal dirigée, mais démocratie de débats et d’individus libres) réincarnait le nationalisme intégral de Maurras (qui était antidémocrate et monarchiste, et subordonnait la liberté et la vérité aux intérêts de la Patrie). Chacun est libre de ses espérances, et Freud peut supputer que Zemmour, en cohérence, aimerait que la terre promise aussi soit un peu fasciste, pour s’y retrouver, ce n’est évidemment pas son mot. Évidemment.

Elle hésite entre Zazie et Mika, pas entre la France et le Coran

À cette aune, Mennel la musulmane –nous devons ici catégoriser les êtres– est plus simple à appréhender. Ce qu’elle apprécie, sur le web, de Ramadan à la Palestine, les colères et les mélopées qu’elle affectionne, l’inscrivent dans une mouvance; elle est de cet islam culturel et politique, rigoriste et décomplexé, sentimental et intellectuel, qui porte ses combats et aussi ses enfermements, et que Tariq Ramadan, avant le sordide du sexe, incarnait de fierté et de rancoeurs. Il y avait, dans les discours de Ramadan, ces incitations à la théorie du complot que l’on retrouve dans le tweet qui a perdu Mennel.