Vaccins, nucléaire… “Quand on croit au complot, tout vient le justifier”

De la vaccination au sida, en passant par la conquête spatiale ou le nucléaire, l’imaginaire complotiste visant le domaine scientifique est puissant. Les Rendez-vous de l’histoire de Blois (du 4 au 8 octobre 2017) offrent une carte blanche sur les rapports de la science aux théories du complot à l’historienne Cécile Dunouhaud.

Pas besoin d’être friand de lectures conspirationnistes pour avoir déjà découvert sur son écran, déclinée en un argumentaire politico-scientifique plus ou moins élaboré, une théorie du complot. Un simple e-mail de votre voisin vous a appris qu’il était devenu spécialiste en vaccinologie, tandis que votre fil Facebook est formel : votre oncle en sait plus sur les produits chimiques flottant dans l’atmosphère que l’Organisation mondiale de la santé.

La science – humaine, molle, dure ou fondamentale – doit pouvoir être critiquée, réfutée. Mais comment le discours complotiste parvient-il à installer le doute face à la vérité scientifique ? Platon l’expliquait en un mot dans le Gorgias : la rhétorique. S’il fallait organiser dans une cité une confrontation entre un médecin et un orateur pour savoir lequel choisir comme médecin, l’orateur serait choisi car « il n’y a rien dont l’orateur ne puisse parler, en public, avec une plus grande force de persuasion que celle de n’importe quel spécialiste ».

La science paie aussi les erreurs historiques de quelques-uns – collaboration à des projets politiques mortifères et proximité avec des groupes industriels corrompus. La crise de confiance entre gouvernants et gouvernés alimente l’opprobre sur la parole savante. Dans le cadre d’un partenariat entre les 20e Rendez-vous de l’histoire de Blois et les Clionautes, réseau coopératif de professeurs d’histoire-géographie, l’agrégée d’histoire Cécile Dunouhaud interviendra le samedi 7 octobre 2017 à 17h30 à Blois sur le thème « De la confiance à la défiance : les sciences face à la théorie du complot ». Avant-première…

“Une avancée scientifique comme la vaccination a toujours été l’objet de défiance”

La science a dû faire face à la défiance bien avant la naissance du complotisme moderne…

Prise aujourd’hui dans les feux de l’actualité, une avancée scientifique comme la vaccination a toujours été l’objet de défiance, à la fois de la part de penseurs comme Emmanuel Kant, et de la part de la population. Au XIXe siècle, les premiers vaccins sont ainsi très mal accueillis car la cicatrice qu’ils laissent sur la peau constituent une marque infâmante pour certaines cultures.

Ce fut le cas en Cochinchine [région historique de l’actuel Vietnam colonisée par la France, ndlr], où la vaccination contre la variole, effet de la colonisation, fut mal reçue par la population. Même chose au Brésil, en 1904, toujours avec la variole, lorsque des employés des services sanitaires de la mairie de Rio de Janeiro, accompagnés par la police, pénètrent dans les domiciles pour vacciner de force les habitants. Cela mènera à une révolte populaire.