Un clip musical (financé par l’UE) peut-il dissuader les jeunes Guinéens de migrer ?

Les campagnes de l’UE contre l’immigration irrégulière en Europe s’efforcent généralement d’informer leur public des dangers associés à ce type de migration. Mais des études montrent que ces campagnes laissent inchangée l’évaluation des risques et la tolérance au danger des migrants. Selon le document de 2015 du DIIS, “Les campagnes de mise en garde contre les risques sont basées sur des hypothèses erronées”.

Ceci est dû, entre autres, au manque de crédibilité attribué aux campagnes.

“La question n’est pas l’accès des migrants à l’information mais plutôt leur confiance dans l’information donnée”, dit le document. “Dans la mesure où les campagnes d’information sont perçues comme faisant partie d’un plan général pour empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, leur crédibilité peut être limitée”.

Une notion à mettre en rapport avec les grands dangers à rester chez soi.

“Si les conditions de vie locales sont désespérées et précaires, l’information sur les risques peut être perçue comme non pertinente. […] Avec peu de canaux d’émigration régulière, les campagnes d’information centrées exclusivement sur les risques paraissent peu crédibles à un auditoire qui se considère déjà désavantagé et en danger dans son pays d’origine”, conclut le texte.

Les recherches de Richter au Mali montrent les mêmes tendances, elle ne croit donc pas que “Falé” aura un impact, expliquant :

Il faut prendre en compte en premier pourquoi les gens partent. C’est à cause de la pauvreté, du manque d’opportunités pour les jeunes, et de l’absence de confiance dans le changement là où ils se trouvent et dans un avenir mesurable. La plupart des jeunes ont des emplois informels. Autrement dit, même s’ils travaillent aujourd’hui, ils ne peuvent jamais être sûrs que ce sera aussi le cas demain. Voilà pourquoi les jeunes trouvent plus risqué de rester chez eux. Ils disent : “Plutôt mourir en mer que de rester ici. S’il y a 100 personnes sur un bateau qui coule dans la mer Méditerranée, et qu’il y a un survivant, pourquoi ça ne serait pas moi ?’

L’emploi est loin de chez soi

Raison finale du faible effet potentiel de la vidéo : la migration, malgré tous ses dangers, est une stratégie installée de survie. En d’autres termes, ce n’est pas une vidéo émotionnelle de rap qui suffira à changer une pratique déjà ancrée assurant la survie de familles.

L’opinion générale en Europe sur les migrations est souvent que les jeunes Africains de l’Ouest sont déterminés à venir particulièrement en Europe. Mais ce n’est pas ce qu’il semble vu du côté des jeunes Africains de l’Ouest eux-mêmes. En divers endroits, en particulier en Afrique de l’Ouest, la migration est établie dans ce que Kleist appelle “une stratégie de moyens de subsistance”.