Un clip musical (financé par l’UE) peut-il dissuader les jeunes Guinéens de migrer ?

En trois semaines à peine, la version de “Falé” chargée sur YouTube par le groupe Degg J a dépassé les 190.000 vues. Celle postée par l’OIM et l’UE n’en a eu que 234 dans le même temps. On peut donc se demander si les jeunes spectateurs s’aperçoivent seulement que l’OIM et l’UE ont participé à la création de la vidéo.

Les commentaires sous la vidéo montrent aussi comment les jeunes utilisent la musique pour faire partager leur vécu et s’en accommoder. Un jeune homme a écrit : “C’est vous les meilleurs. J’ai pleuré en regardant le clip et je me suis rappelé mes souffrances en Libye. 22 personnes sont mortes. Que leurs âmes reposent en paix. Maintenant je suis en Italie”.

“Chacun connaît les risques associés au voyage”

La deuxième raison pour laquelle la vidéo aura probablement un effet limité est que les images qui y sont montrées, de cadavres dans le désert et d’un gilet échoué, n’ont rien de neuf pour les jeunes Africains de l’Ouest.

Grâce à l’usage de l’internet et des réseaux sociaux, les jeunes ont déjà vu des images réelles de ce qu’ont trouvé d’autres migrants lancés sur la route. Richter le dit : “le monde réel est filmé avec les téléphones, et il n’est pas beau. On peut trouver des clips documentaires du désert jonché de gens en train de mourir”.

A l’opposé, “Falé” a une production soignée et même léchée, presque hollywoodienne. Il y a dedans de l’art dramatique et des tableaux esthétiques. “C’est presque une esthétique de la souffrance”, dit Richter.

Les jeunes gens qui décident de migrer sont pour la plupart bien informés sur les conditions de leur futur voyage. “Chacun connaît les risques associés au voyage”, dit Richter, qui poursuit :

Les gens ne sont pas naïfs. Ils se tiennent au courant par différents types de médias et de plateformes et se dirigent selon leurs informations. C’est visible avec le nombre déclinant de gens passant par la Libye en raison des circonstances (les migrants vendus comme esclaves). Les jeunes ne vont pas se dire, “Tiens, j’ai appris quelque chose de nouveau” en voyant la vidéo. Ils savent déjà.

Les campagnes ne changent pas l’évaluation des risques par les jeunes

La troisième raison de la possible redondance de la vidéo est que les campagnes de ce genre ne sont pas perçues comme assez crédibles pour modifier la tolérance au danger des jeunes.