Un clip musical (financé par l’UE) peut-il dissuader les jeunes Guinéens de migrer ?

La vidéo est financée par l’U.E. et distribuée par le bureau local de l’organisation des Nations Unies pour les migrations, l’OIM. Le lancement de la vidéo le 16 février a coïncidé avec le début de la tournée du groupe musical Degg J Force 3 à travers la Guinée, entreprise en collaboration avec l’OIM dans le but de sensibiliser la jeunesse guinéenne aux risques de migrer en Europe sans visa.

“Il faut un changement de mentalité chez les jeunes. Nous devons souligner qu’ils peuvent tout faire chez eux et réussir”, explique Ablaye Mbaye, un des chanteurs du groupe musical, dans un communiqué de presse de l’OIM sur la tournée.

Doutes sur le potentiel de “profond impact” pour la vidéo

Et certes, se pose la question : cela aura-t-il un effet ? Ce clip vidéo va-t-il faire baisser le nombre de jeunes quittant la Guinée ? Deux chercheurs danois sur les migrations disent que la réponse est probablement non.

“J’ai du mal à voir comment cette vidéo pourrait avoir un profond impact”, dit Line Richter, une doctorante en anthropologie à l’Université de Copenhague, dont les recherches portent sur la migration vers l’Europe de jeunes Maliens.

Une appréciation que partage Nauja Kleist, chercheur principal à l’Institut danois des études internationales (DIIS) : “La vidéo sera un succès d’audience, mais je ne pense pas qu’elle empêchera qui que ce soit d’émigrer”.

Selon les deux chercheurs, plusieurs raisons vont à l’encontre d’un quelconque impact profond de la vidéo sur les choix des jeunes Guinéens.

Musique et migration, rien de nouveau

Si les producteurs de la vidéo pensaient innover en créant un morceau de rap sur le thème de la migration et du voyage mortel vers l’Europe, ils se trompent. “Ce sont des sujets qui ont déjà une place importante dans la culture populaire de l’Afrique de l’Ouest”, dit Richter.

Les jeunes se servent de la musique pour discuter des sujets qui les concernent, et puisque la migration fait partie de la vie quotidienne, ce sujet est déjà reflété dans la culture populaire.

Exemple avec cette chanson du groupe malien Van Baxy, “Tounka”, remontant à 2011 déjà :

“Tounka” est le mot bambara pour lieu étrange ou inconnu. Le bambara est la langue la plus largement parlée au Mali. La vidéo montre trois jeunes gens quittant leurs familles, et leurs mères en pleurs, à la recherche de lieux inconnus.

Le clip a été vu plus de 250.000 fois sur YouTube, et les jeunes continuent à laisser en-dessous des commentaires sur leurs expériences. Il y a un an, une jeune femme écrivait : “Cela me rappelle l’enfer que j’ai connu en Libye” . A quoi un jeune homme a répondu : “Dieu merci tu es enfin une Européenne”.