Trois ans après la tuerie de Charlie Hebdo, de nombreux journalistes menacés de mort pour “blasphème”

Deux lauréats du prix RSF condamnés pour blasphème

Tout comme la Mauritanie, l’Iran prévoit l’application de la peine de mort pour les délits de blasphème et d’apostasie. Le photographe Soheil Arabi, lauréat du prix RSF 2017, accusé d’être impliqué dans un réseau d’information sur Facebook blasphémant l’islam et critiquant le régime, a été successivement condamné à trois ans de prison, 30 coups de fouets, puis quelques mois plus tard à la peine capitale, avant de voir sa peine ramenée, en 2015, à sept ans et demi de prison ferme. Détenu depuis quatre ans, victime de mauvais traitement, puis récemment en grève de la faim pendant 52 jours, le journaliste-citoyen iranien est aujourd’hui très affaibli physiquement et psychologiquement.

Un autre lauréat du prix RSF (2014), Raif Badawi, croupit aussi en prison depuis cinq ans “pour insulte à l’islam”. Accusé d’avoir critiqué et tourné en ridicule la police religieuse sur son site de discussion intitulé “Liberal Saudi Network”, le blogueur a été condamné pour “insulte à l’islam” à 10 ans de prison, 1000 coups de fouets, un million de rials saoudiens en plus d’une interdiction de quitter le territoire pendant 10 ans après sa libération. Dans un cas comme dans l’autre, la peine est totalement disproportionnée par rapport aux faits reprochés.

Le blasphème, un instrument de censure des voix critiques

Le plus souvent, loin de servir à protéger le sacré, ces lois s’avèrent être un moyen d’étouffer les voix dissidentes, de réprimer les journalistes , d’empêcher toute expression critique du système en place ou des détenteurs du pouvoir. Des notions vagues qui servent trop souvent d’outils pour condamner toutes les formes dissidentes ou minoritaires d’expression comme le montre le cas de la journaliste soudanaise Shamael al-Nur. Pour avoir dénoncé, en février dernier, “l’obsession des régimes islamiques pour les questions de vertus, d’habillement des femmes et d’apparences, plus que pour les questions de santé et d’éducation” dans un éditorial publié dans le journal indépendant Al-Tayyar, Shamael al-Nur a fait l’objet de violentes menaces et a été menacée de poursuite en justice pour apostasie, une accusation passible de la peine de mort au Soudan, où la loi islamique est en vigueur depuis 1983.

Dès 2013, RSF publiait un rapport intitulé « Blasphème : l’information sacrifiée sur l’autel de la religion» et dressait un état des lieux de cette « offense » et de ses conséquences qui pèsent sur les journalistes dans le monde. Cette étude décrit notamment le danger que constitue cette notion lorsqu’elle est utilisée dans le but de restreindre la liberté d’expression.