Trois ans après la tuerie de Charlie Hebdo, de nombreux journalistes menacés de mort pour “blasphème”

Trois ans après la tuerie de Charlie Hebdo, Reporters sans frontières (RSF) déplore que dans le monde des dizaines de journalistes soient l’objet d’appels au meurtre ou de condamnations à mort pour “blasphème” ou “apostasie”. Écrire ou parler du religieux reste une affaire délicate. Au point de risquer d’y perdre la vie.  

Publié sur le site de Reporters Sans Frontières

Trois ans après l’assassinat de douze personnes dans les locaux parisiens de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, les censeurs au nom de Dieu ne baissent pas les armes. Ils demeurent l’une des plus graves menaces pour la liberté d’informer un peu partout dans le monde. D’un continent à l’autre, les appels au meurtre contre les journalistes accusés de blasphème sont amplement relayés par les réseaux sociaux. En France, des internautes anonymes suggèrent de perpétrer d’autres attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo. Au Bangladesh, des appels à la pendaison publique sont proférés contre Shyamal Dutta, rédacteur en chef du quotidien Bhorer Kagaj, et son équipe. La parution, le 23 décembre dernier, d’un article sur un livre consacré aux hadiths édité par un organe gouvernemental a jeté son auteur et ses collègues dans la tourmente au prétexte de commentaires sur les paroles du prophète jugées “vulgaires”.

Au Pakistan, les extrémistes religieux, tolérés par les autorités, menacent journalistes et blogueurs en toute impunité, quand ils ne les tuent pas à coup de machette* ou ne les font pas disparaître. Ce 7 janvier 2018, cela fera un an que le blogueur pakistanais Samar Abbas a disparu à cause de ses écrits. Le fondateur de l’Alliance progressive civile du Pakistan, défendant notamment la liberté de culte à travers des articles publiés sur Internet, a été enlevé au même moment que quatre autres blogueurs au début de l’année dernière. Après leur disparition, une campagne diffamatoire sur Internet a été organisée contre eux, les accusant de blasphème, passible de peine de mort au Pakistan. Fin janvier 2017, quatre des cinq blogueurs ont été libérés mais aucun n’a encore osé dénoncer ses ravisseurs. Les menaces reçues par la famille de l’un d’entre eux sont explicites : “Vous qui avez proféré le blasphème, vous méritez la mort. Vous n’appartenez pas à l’islam et, en tant que tel, vous devez vous préparer à subir un châtiment douloureux, dont les générations futures se souviendront.”

En Algérie, le rédacteur en chef du média d’investigation Algériepart, Abdou Semmar, en est pour sa part réduit à espérer que lui-même et les journalistes de l’Emission Impossible ne payent pas directement le prix le plus élevé, celui de leur vie. La diffusion le 22 décembre dernier, sur la chaîne privée Beur TV, d’un débat sur le fanatisme religieux a provoqué l’ire des islamistes radicaux. “Nous subissons depuis une énorme campagne de menaces et des pressions sur nos vies” alerte le journaliste algérien. La diffusion par la chaîne qatarie Al-Jazeera d’une vidéo accusant les journalistes de porter atteinte à l’Islam a décuplé l’ardeur des lanceurs d’anathèmes : “Les fanatiques s’en servent pour nous attaquer et nos familles commencent à avoir très peur pour nos vies” s’inquiète, à juste titre, Abdou Semmar.