La survivante du Bataclan «dépassée» par le succès de sa BD

Les 500 premiers exemplaires qu’elle a auto-édités se sont écoulés en trois mois. Elle vient de la rééditer et de lancer un site Internet.

Par Julien Dufré,  Le Parisien

Dans la vie, chacun traîne ses boulets, plus ou moins gros. Depuis le 13 novembre 2015, depuis qu’elle a survécu à la tuerie terroriste du Bataclan, dans le XIe arrondissement de Paris, Catherine Bertrand (un nom d’emprunt) en charrie un énorme dont le petit nom est ESPT (pour état de stress post-traumatique). Un boulet qu’elle met en scène avec humour mais sans fard dans «Les Chroniques d’une survivante», une bande dessinée en autoédition déjà écoulée à 500 exemplaires. Un succès qui «dépasse» un peu la jeune femme de 37 ans qui vit dans le Val-d’Oise.

Car Catherine, archiviste photo de formation, n’est pas dessinatrice professionnelle. «J’ai commencé à griffonner un mois après les attentats car cela me permettait d’exprimer des choses, ça me soignait, confie-t-elle. Au départ, c’était comme un journal intime, mais mes amis rescapés de l’association Life for Paris m’ont demandé de continuer : ils percevaient le pouvoir pédagogique de ces dessins pour expliquer ce qu’ils traversaient à leur entourage».

Car si le ton est léger, Catherine n’élude rien des épreuves d’une maladie qui ne se voit pas : les phobies, les crises de panique, les hallucinations auditives, la difficile prise en charge psychologique, les médicaments… Sans compter les remarques, souvent maladroites, des collègues, des proches : «allez, tu vas pas te laisser abattre !», «va voir ce concert, c’est une tuerie !», «après six mois, ça va toujours pas ?».

«Je reçois des demandes de l’étranger, de gens de Nice aussi»

Au bout d’un an et demi de travail, sa sœur la convainc de publier la BD à compte d’auteur. L’appel aux dons qu’elle lance sur Internet atteint son objectif… en deux jours. Les 500 premiers exemplaires s’écoulent en trois mois, l’obligeant à un retirage début janvier. «Je reçois des demandes de l’étranger, de gens de Nice aussi. J’ai dû créer un site Internet en urgence* et j’ai des caisses de plis postaux à envoyer. Je reçois des remerciements de lecteurs dont beaucoup ont traversé des traumatismes. J’avoue être un peu submergée», reconnaît Catherine, en quête d’un éditeur pour prendre le relais.

Aujourd’hui, «encore fragile», la jeune femme ne peut toujours pas aller au cinéma et fuit les foules. Mais elle suit depuis trois mois une formation pour devenir graphiste-illustratrice. «Cette BD m’a permis de me reconnecter au monde, reconnaît-elle. Quant à mon boulet, il est toujours là et il le sera toujours. Mais il devient de plus en plus petit».