Salman Al-Awdah, le prédicateur saoudien qui défend les libertés individuelles

Premier d’une série de 5 portraits d’intellectuels musulmans, ce texte a été publié par le Monde du 14 août. Habituellement réservé aux abonnés, cette publication a été partagée sur les réseaux sociaux par son auteur , François Burgat . Islamologue, arabophone, François Burgat est un chercheur qui pendant plus de vingt ans a parcouru le monde arabe, de l’Algérie à la Syrie en passant par la Tunisie, le Yémen, la Libye, l’Egypte et la Palestine. Ses analyses  sont évidemment marquées par sa connaissance du terrain. L’exergue qu’il a lui même choisi pour présenter son article en témoigne…

« Si les plus populaires des figures de proue de la contestation (de la monarchie saoudienne) nous sont si peu familières, c’est, avant tout, parce qu’elles ne satisfont pas aux critères de l’intellectuel « libéral », ou « laïque », à qui nous attribuons plus ou moins consciemment le monopole d’un tel rôle.
Ce travers – qui altère notre compréhension de dynamiques importantes – n’est pas nouveau. En Arabie, plus encore qu’ailleurs dans la région, les plus influents des acteurs de la demande de participation politique appartiennent à un courant – « islamiste » – auquel, lorsque nous n’en faisons pas la cause de toutes les régressions, nous nions toute capacité à participer à la marche du « progrès » politique ».  »

(Texte intégral) Salman al-Awdah : la militance d’un “islamiste” saoudien

Au royaume des al-Saoud la contestation de l’autoritarisme est, de longue date, beaucoup plus présente qu’on ne le croit. Salman al-Awda, 61 ans, docteur en jurisprudence islamique, originaire d’un petit village de la province agricole du Qasim dont il a conservé la mise modeste, est l’un de ses acteurs les plus populaires. Il demeure pourtant à peu près inconnu en France. Certes, l’absence de passé colonial entre les deux pays ne contribue pas à alimenter l’intérêt du public français pour la lointaine Arabie. Mais si les plus populaires des figures de proue de la contestation nous y sont si peu familières, c’est avant tout parce qu’elles ne satisfont pas aux critères de l’intellectuel “libéral”, ou “laïque”, à qui nous attribuons plus ou moins consciemment le monopole d’un tel rôle. Ce travers – qui altère notre compréhension de dynamiques importantes – n’est pas nouveau : en Arabie, plus encore qu’ailleurs dans la région, les plus influents des acteurs de la demande de participation politique appartiennent à un courant – “islamiste” – auquel, lorsque nous n’en faisons pas la cause de toutes les régressions, nous nions toute capacité à participer à la marche du “progrès” politique. Comme le rappelle pourtant très utilement Pascal Ménoret, “En Arabie saoudite bon nombre de mouvements sociaux qui s’inspirent pour partie de l’islamisme dans ses formes diverses (…) cherchent à créer des mouvements de masse et à organiser des protestations contre cet environnement si répressif.” Lorsqu’il ne délaisse pas la sphère sociétale, leur agenda ne s’y limite aucunement: “Ils réclament des réformes, la fin de la répression, une lutte réelle contre la corruption et même l’établissement d’une monarchie constitutionnelle”.