Qui sont les Rohingyas, peuple persécuté en Birmanie ?

 » Les Rohingyas, musulmans, sont victimes de persécutions et de discriminations en Birmanie, un pays d’Asie à majorité bouddhiste. »  En partenariat avec le journal l’Actu   PlalyBacpress

CONTEXTE

1- La Birmanie (ou Myanmar, en birman) est un pays d’Asie du Sud-Est, pauvre et rural, au régime autoritaire.

2- La Birmanie a été une colonie britannique de 1824 à 1942. Après l’occupation japonaise, le pays, devenu indépendant (1948), a connu une guerre opposant le gouvernement, les communistes et des ethnies.

3- Après 1962, les dictatures militaires se sont succédé en Birmanie. En 1990, des élections libres ont été organisées, mais l’armée au pouvoir a refusé de reconnaître la victoire du parti d’Aung San Suu Kyi.

4- En 2011, après l’élection d’un nouveau Président et l’instauration d’un pouvoir civil, la junte a annoncé sa dissolution. Malgré cette transition démocratique, les militaires ont conservé plusieurs pans du pouvoir.

En Birmanie, les Rohingyas sont des non-citoyens

Les Rohingyas, musulmans, sont victimes de persécutions et de discriminations en Birmanie, un pays d’Asie à majorité bouddhiste.

Les faits

Depuis fin août, en Birmanie, la minorité rohingya est victime de terribles violences. Des dizaines de milliers de membres de cette ethnie ont fui.

Questions/réponses

  • Qui sont les Rohingyas ?

« Ce sont des groupes musulmans installés dans l’Arakan (appelé aussi Rakhine), un

État pauvre et enclavé, à majorité bouddhiste, explique Barthélémy Courmont, spécialiste de l’Asie. Certains sont là depuis 1 000 ans. D’autres sont venus pour servir de main d’oeuvre aux Britanniques, au début du XIXe siècle. D’autres, enfin, sont arrivés plus récemment du Bangladesh. C’est une population disparate liée par l’islam. » La Birmanie est une mosaïque de peuples : le pays compte officiellement 135 ethnies.

Le groupe majoritaire, les Bamas, bouddhistes, représente les deux tiers de la population. Depuis longtemps, des affrontements les opposent à d’autres ethnies.

  • Pourquoi les Rohingyas sont-ils persécutés ?

La majorité des Birmans considèrent les Rohingyas comme des migrants illégaux, des non-Birmans. « Selon la loi de 1982 sur la nationalité, seuls les groupes ethniques prouvant qu’ils étaient présents sur le territoire avant la colonisation britannique (1824-1942) ont la nationalité birmane », explique l’expert. Les Rohingyas en sont incapables, ils sont donc apatrides. Victimes de persécutions, ils sont privés de droits (éducation, propriété, santé…). Les couples ne sont pas autorisés à avoir plus de deux enfants. Par conséquent, des milliers d’enfants rohingyas ne sont pas déclarés. Depuis plus de 30 ans, des Rohingyas fuient vers les pays voisins, pour échapper aux exactions de la junte. Ils vivent dans des camps de fortune. En 2012, des violences entre communautés ont fait plus de 200 morts en Birmanie, causant l’exode de 140 000 Rohingyas. « Les musulmans des autres régions birmanes ne sont pas persécutés », précise Barthélémy Courmont.

  • Pourquoi la situation a-t-elle récemment empiré ?

Fin août, des attaques lancées par un nouveau groupe rebelle, l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan, ont causé la mort de policiers. Selon l’ONU, au moins un millier de Rohingyas ont été tués lors de la répression menée par l’armée et par des milices bouddhistes extrémistes. Depuis, des villages sont incendiés et les exécutions se poursuivent. L’armée qualifie les Rohingyas de « terroristes » et les oblige à fuir vers le Bangladesh.

  • Que fait Aung San Suu Kyi*, figure du pouvoir birman ?

Elle est très critiquée par les associations humanitaires et par certains pays, car elle n’a pas dénoncé les atrocités contre les Rohingyas. « Elle ne fait pas ce qu’elle veut, estime Barthélémy Courmont. Elle n’est pas chef de l’État. Elle a toujours voulu pacifier les problèmes religieux et ethniques en Birmanie, malgré les très fortes résistances. Elle doit notamment composer avec l’armée, qui détient des postes clés. Elle n’a pas de majorité pour changer les lois. » Mardi, elle s’est dite prête à organiser le retour des Rohingyas, mais elle n’a pas critiqué les militaires, accusés d’« épuration ethnique » par l’ONU.