Proclamation des droits des femmes dans l’Islam de France

Préambule

Le présent texte s’inscrit dans la continuité de la Proclamation de l’islam en France adoptée le 29 mars 2017 par la Grande Mosquée de Paris.

La Grande Mosquée de Paris, institution créée par une loi d’État, est consciente de ses responsabilités au sein de la communauté musulmane française, en termes de réflexion, d’interprétation et d’éclairement religieux. Elle sait qu’il est de son devoir d’accompagner les Français de confession musulmane sur leur chemin spirituel.

Elle condamne la tendance actuelle, parmi tout un pan des élites françaises, à vouloir, tout particulièrement en ce qui concerne les droits des femmes, mettre l’islam en France sous tutelle : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des Églises et de l’État. Elle rappelle que les citoyens français de confession musulmane sont des adultes et que la communauté musulmane a déjà ses propres élites, qui sont françaises, républicaines et progressistes.

Elle est soucieuse de la montée en puissance, au sein de la société française, de préjugés sur la place des femmes dans l’islam en France. Elle constate que se propagent en la matière des préjugés dangereux et idiots, qui voudraient par exemple qu’un homme soit prédisposé au viol parce qu’il a grandi dans une culture musulmane. Ces préjugés nourrissent l’islamophobie, c’est-à-dire la peur et l’hostilité envers la minorité musulmane ; et l’islamopsychose, c’est-à-dire une représentation déconnectée de la réalité du fait religieux musulman en France.

Elle constate que des intellectuels, des essayistes, des médias, des partis politiques, sous prétexte de parler d’islam, se servent en réalité d’un discours pseudo-culturel pour exprimer des préjugés racistes déjà très anciens sur la misogynie supposément généralisée des Maghrébins.

Elle est soucieuse de la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane, d’une vision misogyne, rétrograde et réactionnaire de la place des femmes dans la société et dans le foyer. Cette vision repose sur une lecture du texte sélective, partiale, et au premier degré, qui conduit à l’obscurantisme, à la pédanterie ignorante, au sectarisme, et au refus des valeurs républicaines. Elle constate toutefois que les partisans de cette lecture égarée de l’islam sont marginaux en France, et que les croyants qui y adhèrent sont minoritaires.

Elle constate que selon les enquêtes sociologiques disponibles les plus récentes, l’écrasante majorité des Français de confession musulmane est déjà pour l’égalité des droits et des devoirs entre hommes et femmes.

Elle constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification des droits des femmes dans l’islam.