« Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir  ?» de Rachid Benzine

A l’heure où en France, le débat porte sur les revenants ou sur le sort des djihadistes capturés par les Kurdes en Syrie (voir les deux articles précédent sur ce site), certains n’hésitent pas à mettre en cause les parents qui se battent pour rapatrier leurs enfants. L’occasion de revenir sur ce livre de rachid benzine.

ISLAM. Ce roman épistolaire approche les motivations et les déchirements d’une jeune musulmane partie en Syrie rejoindre les djihadistes, et aussi l’incompréhension de son père.   Publié par La Croix le 11 novembre 2016 

• Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? de Rachid Benzine Seuil, 94 p., 13 euros

Et si c’était un roman qui éclairait au mieux le drame djihadiste de ce début de XXIe siècle ? Mieux que les essais des juges antiterroristes ou des spécialistes de géopolitique, les lettres fictives entre un père et sa fille, imaginées par l’islamologue Rachid Benzine, rendent compte de la complexité, et de la force aussi, des motivations de ces jeunes du monde entier, exaltés au point de vouloir mourir pour le califat.

Le 11 février 2014, Nour – dont le prénom signifie lumière, en arabe – est partie pour Falloudja, en Irak, rejoindre son « mari » qu’elle a connu sur Internet. Resté chez eux, en « terre d’islam » (en Tunisie peut-être ?), son père, spécialiste à la fois de philosophie et de sciences des religions, est terrassé par l’angoisse. Soucieuse de le rassurer, sa fille parvient à lui transmettre une courte missive dans laquelle elle décrit sa nouvelle vie et le projet qui la porte : « libérer l’Irak », en « chasser les mécréants (et) tous ceux qui salissent notre religion ».

Quelques mots qui laissent transparaître à la fois l’affection profonde qui les unit tous deux, plus encore depuis le décès de leur mère et épouse, mais aussi la conviction qu’a la jeune femme d’« accomplir » en quelque sorte, dans le djihad, l’éducation reçue : « J’ai suivi ton message et tonamour pour moi », écrit-elle. « Tu m’as dit : Sois libreN’aie pas peur de prendre les chemins de la subversion »

Nour n’est ni délinquante, ni psychotique, ni convertie de la dernière heure. Les questions qu’elle lance à son père, ce « brillant universitaire nourri de raison et de spiritualité », résonnent comme une provocation, un cri lancé à notre siècle.

À son père qui la met en garde contre ces « monstres »« habités par la peur (…) et la sacralisation bigote d’un divin qu’ils ne respectent même pas », coupables« d’exécutions de masse, de torture, de décapitations, de petites filles violées, de femmes lapidées », Nour répond « cité idéale », rues nettoyées, femmes « affranchies du regard des hommes »